Il suit ma pensée comme on suit les numéros enregistrés sur le cadran lumineux d’un billard électrique.

— San-Antonio, reprend le patron, je vais vous demander un service ; un grand service, à titre tout ce qu’il y a de privé…

« M. Rolle, ici présent, aurait voulu embrasser son fils une dernière fois, mais la chose s’avère impossible. Il s’est adressé à moi en me demandant qu’au moins le pauvre garçon soit assisté en ses derniers instants par un de ses compatriotes. J’ai établi un contact à cet effet avec le Yard. Tout ce que nos confrères peuvent admettre, c’est que le fils Rolle bénéficie du concours d’un prêtre français. Or, le jeune garçon n’ayant pas le moindre sens religieux, ce prêtre, si vous acceptez, ce sera vous… »

Je croasse :

— Moi !

— Y voyez-vous un inconvénient ?

— Eh bien !.. Non… Simplement je suis surpris… Et puis… Bref, je ne me croyais pas désigné pour jouer les pêcheurs d’âmes, vous comprenez ?…

Le chef me cligne de l’œil imperceptiblement…

— Enfin, m’empressé-je, j’accepte volontiers…

Le père Rolle renifle sa détresse. Il se dresse, se précipite sur moi… Il me serre la main, me secoue le bras comme un levier de pompe. Il hoquette, il postillonne, il dit des choses éternelles, il suinte, il coule, il m’inonde…