Comme je commence ce turf, j’aperçois la main droite de la morte serrée contre sa poitrine. Elle paraît tenir quelque chose contre son sein. Je lui ouvre les doigts, ce qui est un sale travail car il me semble que je manœuvre une statue de marbre. Du marbre, non ! Plutôt du bois. Ça craque sinistrement, mais je parviens à lui arracher sa proie : il s’agit d’un bouton… Un simple bouton en corozo qui faisait partie de son tailleur et qu’elle a arraché je ne sais pourquoi, dans quel but ou par quel réflexe ?…

Je mets cet innocent bouton dans la poche de mon gilet.

— Bon, on peut se tailler maintenant, dis-je… Allons dans un pub pour téléphoner à Londres…

Grace marche tête basse.

— Elle a été assassinée ? demande-t-elle.

— J’ai tout lieu de le croire bien que je n’aie vu aucune plaie… Mais comme on n’a pas l’habitude de mettre dans son jardin les gens morts naturellement…

Il fait nuit noire et le brouillard a repris possession de cette partie de l’univers. Nous marchons côte à côte, abîmés en nos pensées…

Elle est à la hauteur, Grace. Dans un cas comme celui-ci, une autre souris aurait fait un méchant chabanais, se serait trouvée mal et aurait appelé à la garde !

— Ça vous fait une sale impression, non ? je demande brusquement.

Elle répond, d’un ton morne.