Le .vi. arrest.

De certaine tauxation de despens que deux conseilliers de la court de ceans avoient faicte a une jeune dame a l'encontre d'ung sien amy montant la somme de .xix. livres .iii. solz six deniers parisis pour raison de certain voyage et pellerinaige ou elle par grant ardeur avoit voué sondit amy et auquel elle avoit esté nudz piedz pour luy affin qu'il fust guary d'une griefve malladie de fievres blanches qu'il avoit lors & aussi pour acheter des bouquetz de romarin & genievre dont on l'avoit chauffé/ et d'autres menues drogueries que on luy avoit baillez durant sa maladie. Cest amant cy s'est sentu agravé et en a appellé en la court de ceans. Le procés a esté receu pour juger et a la court veu ladicte tauxation de despens & diminution baillee au contraire. Et tout veu la court dict qu'il a esté bien tauxé par lesditz conseilliers et mal appellé par l'appellant et l'amendera & si le condampne es despens de la cause d'appel la tauxation reservee par devers elle.

Le .vii. arrest

Par devant les conseilliers ordonné sur le fait de la justice du tresor d'amours c'est assis .i. aultre procés entre le cueur d'amours dudict tresor demandeur d'une part/ Et ung jeune amant deffendeur d'aultre part/ et disoit ledit demandeur que nulle amour ne peut tenir par acquisition aucuns biens d'amours ne faire fondation de rente ou revenue s'elle n'est deuement amortie. Et que toutes et quanteffoys que aulcun faict contre amours est en possession de prendre les fruictz et la revenue de la rente non amortie/ c'est assavoir de troys annees l'une. Or disoit ledit demandeur que ledit deffendeur sans licence d'amours ne avoir sur ce amortissement avoit faict ung contract par maniere de fondation avec une religieuse par lequel elle estoit tenue de pryer pour luy et de dire aussi certaines oraisons. Et aussi en ce faisant ledit amoureux la debvoit fournir de soyes/ et de plusieurs aultres menues bacguettes/ moyennant lesquelles ycelle religieuse luy debvoit envoyer pour souvenance tous les moys de l'an certaines bourses faictes a sa devise/ Et pour ce requeroit le procureur de amours demandeur que ledit amant deffendeur fust condampné a rendre & luy bailler de troys bourses l'une/ selon les ordonnances et qu'il feust enjoinct audit deffendeur de prendre amortissement desdictes amours de ladicte rente/ ou de en vuyder ses mains. de la partie duquel amoureux deffendeur feust deffendu au contraire et disoit que luy considerant que en amours y a tresgrande peine car ceulx qui s'i mettent/ ne sont pas aulcunes foys maistres de eulx en oster quant bon leur semble/ Et mesmement affin que amours luy aydast en tous ses affaires et besongnes il estoit bien vray vrayement que pour les grans biens qu'il avoit aperceuz en une religieuse de son accointance il luy avoit prié & requis que toutes et quantes foys que elle se trouveroit a matines et l'en commenceroit a chanter te deum laudamus qu'elle dist lors ung de profundis pour l'ame de luy ce que elle luy avoit accordé Et aussi pour la recompensation de la peine icelluy amant luy avoit promis d'envoyer de la soye et de l'or de chippre pour soy esbatre a faire de belles bourses & des soursainctes et des cordelieres & seroit tenue a en bailler de troys l'une. Or disoit ledict deffendeur que proprement ce ne estoit point acquisition perpetuelle/ mais estoit seullement une pension viagere faicte de la voulenté et union des deux cueurs par quoy n'y failloit nul amortyssement/ car il n'y avoit point d'obligation ne constitution de rendre sinon tant tenu tant payé. Et que chascune desdictes parties estoit en son entier pour n'en retenir riens se bon ne luy sembloit. Et disoit oultre que veu que la dessusdicte fondation estoit faicte pour le salut de l'ame & pour convertir en piteux usages le dessusdit procureur d'amours n'en doibt riens avoir ne demander. et par ses moyens conclurent affin de absolution Surquoy finablement parties ouyes elles furent appoinctees en droit et depuis lesdictz conseilliers du tresor par leur sentence condampnerent ledict amoureux deffendeur a faire amortir a ses despens ladicte rente. Et avecques ce ordonnerent et appoincterent qu'il seroit tenu et obligé de bailler de trois bourses l'une & pareillement la tierce partie des cordelieres soursainctes/ et boucquetz/ et aultres choses/ que ycelle religieuse luy envoyeroit jusques ad ce que ladicte fondation fust deuement amortie. de laquelle sentence ledit demandeur s'est tenu pour grevé et en appelle en la court de ceans ou ledict procés a esté receu pour juger. Si a la court veu icelluy procés et tout ce qu'il failloit veoir en ceste matiere a grant & meure deliberation et tout veu dit qu'il a esté mal jugié par lesdictz conseilliers/ et bien appellé par l'appellant/ et en amendant le jugement la court absoult des impetrations et demandes a luy faictes par ledit procureur d'amours et ordonne que les bourses soursainctes cordelieres et biens qu'il avoit esté contraint de conseigner en main de justice lui seront rendus et mys a plaine delivrance.

¶ Le .viii. arrest.

Par vertu de certaines lettres de chancellerye d'amours ung amant ja pieça feist mettre ung beau cordon tout plain de fleurs en main sequestre/ et disoit pour soubstenir sa main mise que sa dame lui avoit donné ledict cordon pour le mettre a son chappeau affin qu'il eust souvenance d'elle et ung jour a une feste en ostant son chapeau de sa teste ledict cordon eschappa et le perdit dont il fut dolent. Et pour ce que depuis il l'a trouvé es mains de ung aultre amoureux deffendeur de sa partie adverse il la faict arrester et concluoit tout pertinent a matiere d'arrest en requerant que ledit cordon luy fust restitué et mys en plaine delivrance de la partye dudict deffendeur si fut deffendu au contraire & disoit qu'il estoit bien d'accord avecques ledit demandeur que la dame dont estoit question le avoit fait de sa main et que elle luy avoit donné par grant excellence de joye/ mais iceluy demandeur comme ingract ne en avoit tenu compte/ ainçoys pour certaines menues parolles que elle luy avoit dictes en se jouant & rigolant de ce qu'il mettoit la houpe dudit cordon trop sur le costé cestuy amoureux demandeur remply de impacience avoit rendu et gecté par despit ledit cordon a celle dame & a celle dame a aussi clerement se par domination ou autrement s'il y avoit eu droit si s'en estoit il depparty/ et n'en pouoyt plus riens demander/ mais debvoit encores selon les droictz d'amours estre griefvement pugny veu que en ce faisant il estoit encouru en voye d'ingratitude disoit oultre ledit deffendeur que ladicte dame avoit aussi fait serment qu'en disoit de ycelluy demandeur ne rauroit jamais ledit cordon & puis l'avoit liberalement donné de bon cueur audit deffendeur a la charge touteffois de le porter pour l'amour d'elle comme il avoit fait/ parquoy ledit arrest ne se pouoit soubstenir/ ne requerir mainte levee ne provision d'avoir ledit cordon a sa caution. A quoy de ladicte partie de ce demandeur fut repliqué au contraire disant que toutes et quanteffoys que il trouve ce qu'il luy appartient et par don il le peult prendre de fait et faire proceder par voye de arrest comme sadicte chose Or disoit il que le cordon luy appartenoit de don a luy faict par sa dame ledit deffendeur confessoyt mesmement. Et ainsi l'arrest estoit bien recepvable. Et au regard de ce qu'il avoit regeté par despit n'estoit pas vray/ mais disoit que pour ce que ladicte dame luy reprochoit bien ledict cordon & que luy sembloit qu'il en devoit estre plus subgect vers elle/ iceluy demandeur luy avoit rebaillé en ceste intencion/ et touteffoys pour le luy garder. et nompas pour le donner a ung aultre amant. Disoit oultre plus que ce n'estoit pas trop grant honneur audict deffendeur de se vouloir ainsi fringuer/ ou de vouloir porter des biens dont les autres avoyent par avant fait leurs monstres et grans jours et quant a la provison n'en escheoit point/ mais se la matiere estoyt disposee a embellir/ elle luy debvoit estre faicte avant que audit deffendeur veu que il estoit despointé et mesmes que pour enrichir et embellir le dessusdit cordon il luy avoit faict mettre quatre ou cinq perles & de menues pensees tout a l'entour. Surquoy ledit deffendeur dit au contraire que des incontinent que ung amant contemne les biens donnez par sa dame de quelque estat que il soit il se rend indigne de les tenir & posseder & peult bien icelle dame les luy oster & faire arracher devant tout le monde/ et puis le donner ou il luy plaist. et ne portoit pas ycelluy deffendeur ledict cordon pour faire quelque desplaisir audit demandeur/ mais tant seulement pour complaire a ladicte dame & luy obeir comme il estoit tenu de faire. Les parties ouyes a plain furent appointees par le juge ordonné en droit & depuis par sa sentence les appointa contraires et en enqueste. et au regard de la provision requise par chascune des partyes il ordonne que en baillant caution par ledit deffendeur de rendre et restituer ledict cordon toutes & quanteffois que il seroit ordonné il luy seroit rendu et delivré pour en jouyr pendant le procés soubz la main d'amours & jusques a ce que aultrement en fust appointé & sans prejudice des droictz de parties. De laquelle sentence ledict demandeur c'est tenu agravé et a appellé en la court de ceans ou ledict procés a esté receu pour juger. et si a la court veu ycelluy procés et tout ce qui faisoit a veoir en ceste matiere/ et tout veu dict que tant que le juge ordonna que ledit cordon seroit entierement rendu et delivré audict deffendeur sans declairer que les perles et menues pensees que ledit appellant y avoit faict mettre du sien a sa plaisance en seroyent ostees que il juge mal. Et au surplus bien en amendant le jugement la court dit que lesdictes menues pensees faictes a perles seroyent premierement ostees dudit cordon et baillees au demandeur pour en faire ce que bon luy semblera & au surplus renvoyez les parties a huytaine par devant ledict juge pour proceder sur le principal ainsi qu'il appartiendroyt par raison.

¶ Le .ix. arrest.

Par devant le marquis des fleurs et violettes d'amours c'est assis ung aultre procés d'ung amoureux demandeur d'une part & une jeune amye deffenderesse d'aultre part sur ledit amoureulx disoyt que tous les plus grans biens qui sont en amours/ c'est entretenir les cueurs l'ung de l'autre en perfaicte aliance et union d'amytié et que toutes et quanteffois que ung amant ou une dame est vaquant ou que elle s'entremect de complaire a plusieurs c'est signe que son cueur n'estoyt point entier en loyaulté et que l'on ne se doibt pas trop fier/ or se pressuppose disoit que ceste dame cy avoyt faict plusieurs promesses. Et entre les aultres que jamais elle n'auroit aultre que luy tant qu'il seroit vivant/ et luy pareillement a elle si en avoyent faict serment l'ung a l'autre sy grant et solempnel que faire peust en tel cas/ et ainsi se avoyent promys qu'ilz ne feroient chose a leur pouoir par quoy nul d'entre eulx y peust prendre ne avoit desplaisir/ mais ce nonobstant ladicte dame puis nagueres de temps en ça s'entremettoit d'entretenir plusieurs aultres gallans par parolles et tresbelles cheres deffendues en tel cas. Et oultre plus pendoit tous les jours en sa sainture et en sa quenouille boucquetz nouveaulx et fleurs estranges sans ce que ledit amant les luy ayt donnees dont il a ung peu de mal en sa teste/ car aulcunesfoys quant il est dedans son lict et s'esveille sur ce point il mect bien trois heures a soy endormir Et pource concluoit que sa dicte dame fust contraincte et condampnee a ne plus porter boucquetz ne fleurs en quelque maniere que c'est synon qu'il les luy donne ou qu'il en soit d'accord/ et aussy qu'elle ne face chiere a aultruy sinon a luy seul et ainsi qu'elle avoit promis et offert de sa part s'elle prenoit plaisir en fleurs/ et boucquetz de luy en faire bailler et avoir tous les jours tant qu'elle vouldra affin qu'elle n'eust occasion de prendre aillieurs De la part de ceste dame deffenderesse fut deffendu au contraire et dysoit que quelque promesse que feissent dames doibvent entendre civilement c'est assavoir la ou sera leur plaisir & ne donne encore jamais si grant auctorité qu'ilz n'en retiennent tousjours aulcune chose devers elles & qu'elles ne soient sur leurs piedz pour user de leurs voulentés et plaisirs car elles sont dames Disoit de rechief avecques ce que ledict amant a tort de se plaindre de ce qu'elle porte boucquetz et viollettes & qu'elle tient langaige a trop de gens Car supposé qu'elle luy ait promis de l'aimer bien & loiaument elle n'est pas pourtant liee ne obligee qu'elle puisse parler a aultre que a luy et prendre desdictes viollettes et boucquetz s'il ne luy en donne ung. Aussi le contract qui seroyt fait autrement ne se pourroyt soubtenyr car l'en scet que dames ne peuent renoncer aux biens qui leur peuent venyr et ont don et previleges de nature de rire & faire bonne chiere a tous affin que nulz ne puissent dire qu'elles soient mal gracieuses. Et appert bien que ledict amant est bien jeune simple et mal conseillé de intenter procés et fayre debat pour cecy. Car de tant qu'il auroyt vers elle plusieurs/ requerans et serviteurs et qu'elle l'avanceroit et aymeroit encore mieulx par dessus les aultres de tant auroit il plus de bien et en seroyt plus honnouré. Mais il entend mal son cas car il seroit content qu'on l'alast acoller devant tout le monde et qu'elle ne parlast a aultres que a luy affin qu'on die qu'il eust le bruyt qui n'est pas la maniere. Au regard des boucquetz et fleurs il a tort de s'en plaindre/ car elle a en sa maison des violettes et marjolaynes ou elle les prent. Et pose qu'on les luy donnast si n'y peust il avoir interest/ car l'imposition ne luy en est deue/ et si n'est chose ou l'en se doit gueres arrester veu que la fleur et odeur s'en passe de legier. Et quant a l'offre qu'il luy fait de l'en fournir respondit qu'elle n'en avoit cure/ et ne voulloyt point nullement du monde qu'il ait occasion de les luy reprocher si concluoit par ces moyens affin d'absolution et de despens. Sur quoy ledit demandeur disoyt au contraire que telz boucquetz perles et menues choses sont cause aulcuneffoys de esmouvoir les cueurs et faire bailler les bontés a aultres qui point ne s'en doubtent. Finablement partyes ouyes furent appointees en droit & par sentence s'y absolut ceste deffenderesse de impetrations et demandes de ce demandeur en luy permetant s'elle vouloit en tant que mestier estoit de parler rire salluer et porter boucquetz toutes et quanteffoys qu'il luy plairoyt et bon luy sembleroit. Et condampner ledit amant en ses despens dont il sentit grevé et appella en la court de ceans ou le procés a esté receu pour juger. Sy a la court veu ledit procés a grant & meure deliberation et que faisoyt a veoir en ceste matiere. Et tout veu/ dit qu'il a esté bien jugié et mal appellé et l'amendera l'apellant en le condampnant es despens de la cause d'appel la tauxation reservee par devers elle.

¶ Le .x. arrest.

Devant le juge de la garde des seaux establés aux contractz d'amours il c'est assis ung autre procés entre ung amoureux demandeur en matiere de recision de contrat usuratif d'une part/ & une sienne dame et amye deffenderesse d'aultre part. Et disoyt ledict demandeur que de raison & selon les ordonnances toutes usures sont en amour prohibees et deffendues et que l'en n'en doibt point user. Or ce presuposé disoit que du temps que il accointa ladicte dame luy estant en la grant chaleur et voulant bien complaire a elle se ingera pour entrer en la grace de luy offrir corps et biens en luy faisant plusieurs dons et gratuites/ & fut bien vray que en ce temps ledit gallant qui estoit fort feru et surprins de l'amour de elle et ne luy chaloit qu'il feist luy promist & obligea de luy mener toutes les festes de l'annee entre minuyt/ Et le point du jour le tabourin et les bas menestriers pour la resveiller en son lict et oultre luy promist de luy donner a toutes les estraines ung beau chapperon de demy graine et aussi une robbe neufve a chascun premier jour du mois de may de telle couleur qu'elle la vouldroit et aussi estoyt obligié de changer et porter pour l'amour d'elle tous les moys une robbe neufve a la devise d'elle lesquelles choses il avoit continuees ja par long temps Mais il en estoit fort lassé veu que la charge estoyt bien grande et disoyt que ledict contract ne se pouoit pas soubstenir/ car pour les biens/ et plaisirs dessusdictz qu'il estoyt tenu de faire a ladicte deffenderesse s'il ne amendoit d'elle il n'en avoyt pour toute recompence que ung seul baiser quant il la pouoyt trouver a part qui n'estoit pas juste ne egalle recompensation. Et aussy la deception y estoit toute clere. Et disoyt en oultre/ que lesdictz menestriers et robbes et chapperons sans les autres bagues ne la paine de luy pour la poursuitte coustoyt tous les ans une grant somme d'argent qui luy convenoit bailler et trouver/ et payer de sa bource pour complaire a elle & luy faire plaisir/ et touteffoys de son costé ne luy donnoit que ung seul baisier ne n'y mettoit du sien que la bouche/ ou la joue enquoy elle gaignoyt plus de la moytié et sans main mettre parquoy l'usure y estoit toute clere et pource elle concluoit et requeroit ledict amant que ledict contract feust recindé et adnullé et demandoit despens. De la partie de ladicte deffenderesse fut deffendu au contraire et disoit que de l'appeller usuriere ledict amant avoyt grant tort car avecques luy elle n'avoit gueres gaigné. Mais il advient souvent que pour faire plaisir l'en a dommage. Et pour passer oultre disoyt que se elle ne l'eust jamais trouvé luy eust esté grant prouffit/ pour luy avoit souffert de malles nuytz dont elle estoyt petitement recompensee et ne failloyt point qu'il se plaingnist dudict contract/ car ne luy avoit pas faict faire/ mais luy mesmes l'avoit poursuivy et chassé. Disoit aussy qu'elle ne le contraignoyt point de envoyer aulx festes les menestriers devant son huys ainçoys y venoient jouer telles fois qu'elle eust bien voullu qu'ilz en eussent esté bien loing Car de les ouyr quant l'en a pas le cueur en joye est regrettement de dueil et planté de pleurs et de lermes Et quant est des robbes si luy en a donné plusieurs et elle les a voulu prendre de tant luy a fait plusgrant plaisir/ et en est bien tenu a elle veu qu'elle luy avoit faict plus d'honneur qu'il ne luy apartenoit de les avoir vestues & portees pour l'amour de luy. Et entant que toutes les robbes neufves dont il s'abiloit tous les mois ladicte deffenderesse disoit qu'elle n'y avoit gaigné ne prouffit et que s'il en voulloyt avoir tous les jours elle ne l'en pourroit pas garder : Disoyt oultre pour respondre au faict de partie que toutes les robbes/ et tout l'argent qu'il sçauroit en tout le monde finer pour faire dons et gratuytés ne sont a comparager seullement a la moytié d'ung baiser/ Car s'il failloit faire estimation ou prisation de l'ung a l'autre et que ce fust chose que l'en peust priser ou estimer l'en trouveroit sans comparaison que la moytié d'ung seul baiser d'une dame octroyé de bon cueur vault mieulx que tous les biens ne l'argent que on sçauroyt donner. Or avoyt ledict amoureux ung baisyer d'elle tout entier et par sa confession mesmes prinse en son prejudice Parquoy de dire le contract feust usuré n'y avoit apparence nulle. Disoyt aussy que ung baisier est reputé en amours pour chose singulliere et espirituelle & qu'on ne le sçauroit trop vendre ne acheter mesmement quant il est procedant de joye et qu'il y a embrassement Si le doit par ses moyens ladicte dame affin d'absolution et de despens. A quoy ledict demandeur par ses replicques disoit que touchant ledit baisier il en avoit autant de payne comme elle & de la joye qu'il en yssoit elle en amendoit aussi bien comme luy parquoy il ne pouoit cheoir en compensation. Et sur ce dupliquoit la deffenderesse que le bien qu'il procede d'ung baiser vient de la grace de la dame qui le donne et nompas de celuy qui le requiert/ car le plaisir vient d'elle et multiplie la joye de celluy a qui il est donné pource dyent les maistres que telz biens ne sont a donner ne a garçonner/ ains il fault que ung homme soyt bien experimenté et qu'il ait bien servy avant que il soit digne de avoir ung baisier. oyez lesquelles parties elles furent par ledit juge de la garde des seaulx appoinctees a produire et en droict. Et depuis par sa sentence il dist et declaira que ledit contract ne estoit point usurier/ et absolut ladicte dame de ses petitions et demandes & le condampna es despens dont il appella en la court de ceans ou ledit procés a esté receu et conclut pour jugier/ et a ladicte court veu ledit procés et tout ce que il faisoit a veoir en ceste matiere/ Et tout veu dict que il a esté bien jugé et mal appellé par ledit amoureux et l'amendera et payera tous les despens de la cause d'appel la tauxation reservee a ycelle.