— Nous trouverons dans les montagnes et dans les villages des troupeaux de chèvres, des oliviers, des arbres à baume, dit aussitôt le capitaine. Mon nom est Chamaï, fils de Rehaïa ; il est connu dans le pays. Je me mets à ta disposition pour ton chargement de vivres. »

J’acceptai de bon cœur les offres du capitaine Chamaï, qui nous suivit sur nos navires. Nos matelots avaient déjà étalé sur la plage les marchandises que je leur avais permis d’emporter pour leur commerce particulier, et ils discutaient activement avec des pêcheurs et quelques bergers rassemblés autour d’eux. Sur le Melkarth on fit déballer d’autres marchandises, appartenant à l’expédition. J’avais fait dresser par Hannon l’état de ce que nous voulions céder et celui de ce que nous voulions acquérir, savoir : dix mesures de grain, deux d’huile, un baril d’olives, une demi-mesure de baume, six paniers de figues sèches, six de dattes et cinquante fromages. Pour les grandes provisions, je comptais sur ce que je trouverais jusqu’à Jérusalem et sur la libéralité du roi David. J’ordonnai aussi à Bodmilcar, qui était chargé de la vente et des emplettes, d’acheter quelques moutons et chevreaux, pour que nos hommes eussent de la viande fraîche jusqu’en Égypte.

Chamaï ne pouvait se lasser d’admirer nos navires et leur ordonnance, le soin et la propreté avec lesquels tout était rangé, l’obéissance de chacun et la stricte discipline, la beauté et l’étrangeté des agrès et des instruments. Tout était nouveau pour lui, et à chaque pas il faisait des exclamations de surprise. Je le retins à souper, et quand nous fûmes assis sur la poupe de l’Astarté, il soupira profondément.

« Ah ! dit-il, que la navigation et les voyages lointains sont une belle chose, et quelle source inépuisable de richesses est la Grande Mer ! Pour nous, nous vivons dans nos montagnes aussi ignorants que des bouquetins sauvages, et quand nous avons mis à sac quelque ville ou village des ennemis, qu’est-ce que notre maigre butin en comparaison de ce que vous acquérez par le commerce ? Sans compter que le roi et les principaux du peuple prennent la meilleure part.

— Et les choses rares et merveilleuses qu’on voit, lui répondis-je, les comptes-tu pour rien ?

— Non sans doute, s’écria Chamaï. J’ai entendu parler par vos marchands phéniciens des vallées où sont les pierreries et les serpents de deux stades de long, des mines d’argent et d’or, et des pierreries qui flottent sur la mer, des poissons de cinquante coudées, des géants et des montagnes qui jettent du feu.

— Il y a beaucoup à rabattre là-dessus, lui dis-je en riant ; mais dans nos voyages nous voyons pourtant des choses extraordinaires et des peuples bien singuliers.

— Vraiment ! s’écria Chamaï ; je passe pour un brave guerrier et la force de mon bras a renversé plus d’un Syrien, plus d’un Moabite et plus d’un Philistin. Dans vos aventures lointaines, vous devez avoir de rudes combats à soutenir. Veux-tu m’emmener, capitaine sidonien ? »

Hannibal, lui mettant la main sur l’épaule, lui dit d’une voix retentissante :

« Brave Chamaï, il me manque quarante hommes d’armes et archers. Te fais-tu fort de les recruter ?