— Bah ! me répondit il, tu sais bien que ma belle, c’est la dame Astarté, la reine des cieux et de la mer, la déesse en personne, et celle-là se moque bien du Pharaon et de Bodmilcar par-dessus le marché.

— Dis-moi, seigneur amiral, me demanda Bicri en m’apportant un perdreau qu’il venait d’abattre, est-ce qu’ils ont des vignes, là-bas, en Tarsis ?

— Non, lui répondis-je, et cela ennuie fort nos colons phéniciens.

— Eh bien, reprit Bicri, puisqu’on m’a dit qu’il fait chaud là-bas presque autant qu’ici, j’ai bien fait d’en emporter des boutures. Nous en planterons et plus tard ils pourront dire qu’ils boivent de notre vin

— C’est bien vu, archer, dis-je à Bicri, et tu as là une bonne idée, dont je te félicite. »

Comme nous approchions de Jaffa, et que je distinguais de loin la tour et les mâts de nos navires, Abigaïl courut à notre rencontre et Chamaï, sautant de son cheval, la prit dans ses bras.

« Quoi de nouveau ? lui criai-je en hâtant le pas.

— Tout est bien, » me cria-t-elle.

Rassuré, je descendis vers la plage. Barzillaï vint à ma rencontre et m’apprit que l’eunuque n’avait pas reparu dans le village et que personne n’avait tenté de communiquer avec l’Ionienne. Bientôt Himilcon, Asdrubal, Amilcar, Gisgon et Bodmilcar lui-même vinrent me souhaiter le bonjour. Je fis aussitôt procéder à l’embarquement de nos vivres et de nos recrues ; je gardais ces dernières sur ma galère, ce qui complétait mon effectif à deux cent dix hommes, cinquante rameurs, soixante-dix matelots, quatre-vingts soldats et dix officiers. Comme les âniers aidaient à l’embarquement, l’un d’eux vint à moi. C’était un homme de très-haute taille et gros à proportion, avec un cou de taureau enfoncé dans des épaules démesurées, des cheveux crépus qui lui descendaient sur les sourcils et une barbe épaisse, courte et frisée, qui lui montait jusqu’aux yeux. Cet homme se mit devant moi, les bras ballants et me regarda fixement.

« Qu’est-ce que tu veux, toi ? lui dis-je.