Vers 8669-8712. A partir de ce vers jusqu'au vers 10011, ce passage a évidemment été rajouté après coup. Le lecteur est assez embarrassé, du reste, en retrouvant la suite des préceptes d'Ami, après 1331 vers de leçons buissonnières. On ne saurait attribuer ce passage à des copistes, puisque nous y trouvons le fameux distique qui faillit, suivant Thévet, coûter si cher à notre poète. Si cette anecdote n'est pas prouvée, elle fait supposer que jamais personne n'a songé à contester à Jehan de Meung la paternité de cette partie du Roman. Il en est de même du passage signalé à la note 31 du présent [p.436] volume. On verra, par ces deux exemples, combien maître Jehan mettait de négligence dans ces rajustements; nous verrons dans le volume suivant qu'il a poussé le sans-gêne jusqu'à intercaler un passage, à peu près de la taille des deux ci-dessus, au milieu même d'une phrase!
Note 87, page [278].
Vers 8701. Luz, brochet, du latin lucius. C'est le tyran des poissons; car il dévore, non seulement ceux d'une espèce différente de la sienne, mais les brochetons ses confrères n'échappent point à sa voracité.
Lucius est piscis, rex aique tyrannus aquarum,
dit l'école de Salerne.
Albert-le-Grand prétend que le brochet ne fait point de mal à la perche, à cause que les écailles de son dos sont trop piquantes; il veut même qu'il y ait entre ces deux poissons une espèce de sympathie, et que, lorsque le brochet a reçu quelque blessure, il va auprès de la perche qui le guérit en le touchant. (In: Commentario scholae Salernae.) (Lantin de Damerey.)
Vers 8704-8748. Graine. M. Francisque Michel traduit: cochenille. Ce qu'on appelle «graine de cochenille,» encore aujourd'hui, est l'insecte employé pour la teinture. Quoiqu'il existe, de tout temps, un insecte de la même famille (kermès) dont les Orientaux [p.437] et les Provençaux teignent les étoffes, l'usage de la cochenille ne fut importé du Mexique en Europe qu'au XVIe siècle, et nous pensons que la traduction de graine par cochenille, si savante qu'elle soit, est plus qu'aventurée ici.
Note 89, page [280].