Titus livius.

Et dit titus livius que au temps que ceulx de gaule et de germanie estoient allez en ost sur les rommains. Iceulx advisez de leur venue leur furent audevant/ & comme ilz prenissent premier l’avantage du champ & de la place adviserent d’eulz loger entre leurs ennemis & la riviere/ que par celle cause adviserent & vainquirent leurs ennemis plus par soif que par armes Et ne souffist pas prendre bon lieu au champ mais tel que se les ennemys approchent qu’ilz ne puissent pour eulx meilleur choisir. Si establira son logis en hault lieu pres de riviere s’il peut et que montaigne ne les surbate advisera de prendre espace convenable en bon air et sain s’il y peut estre/ et que l’espace des logis soit bien compassee. Et selon vegece en lieu de pasturages d’eaue & de buschon/ que le champ ne soit acoustumé de retenir goutz de pluye ne d’abondans palus ne que les adversaires y peussent faire couller rivieres d’eaues rompans estans ou autres escluses. Il est assavoir que selon la multitude et le nombre des gens & la planté du charoy bagues et fardeaux/ doivent estre prins l’espace des logis en telle maniere que grant multitude ne soit trop a estroit ne aussy plus au large que besoing est/ car moins fors en seroient. Et doibt le charoy estre mis tout a l’environ joingnant ensemble. On tient le plus bel logis/ quant l’espace est prinse si que tierch soit plus long que large/ Au millieu doibt estre la place du lieu plus fortiffiee/ si que droicte fortresse faite de mairien se on peut & besoing soit. De laquelle on fera la porte au front des ennemys/ & a l’environ autres portes par ou vivres puissent venir Et dit vegece que es combles plusieurs banieres doivent estre mises/ se le capitaine y espoire longuement tenir l’ost Il fera ladicte place fortiffier autour des bons fossez & de pavaix avec fermeté de fust Si que chasteaux esquelz sont mises les garnisons ausquelles dispenser doit avant bien et sagement estre pourveu. Comme dit vegece/ que plus griefve fain que glave Car dist il maintes choses pevent estre souffertes & portees en ost/ Et pource le bon et tressaige capitaine y doibt si bien pourveoir que vivres n’y faillent aucunement ainçoys le deslogement du siege/ lequel dure aucunesfois plus que on ne cuyde/ Car quant l’adversaire sent l’ost necessiteux de vivres : tant est il plus aigre contre lui/ car par la fin les cuide legierement prendre/ et pour celle cause advient moult de inconveniens se le sage capitaine ne s’en regarde. Gens d’ost tant s’efforcent de entretollir vivres a son adversaire et par especial s’en efforcent gens qui tiennent siege devant fortresse Bien doibt par especial estre prins garde que les despenseurs mesmes ne soient larrons et desrobent l’ost par plusieurs mauvaistez qu’ilz pourroient faire/ car par celle voye ont plusieurs ostz souffert/ fain/ grief/ mesaise/ et plusieurs perilz si y doit on bien adviser.

Encore de ce mesme parle cy ensuivant comme vous orrez. xiiii. chapitre.

Avec les choses dessusdictes dessus toutes choses le bon capitaine se il veult mener fait de guerre selon droit et justement vers dieu et la grace du monde/ doibt sy bien ses gens paier que besoing ne leur soit de vivre de pillage sur terre d’amis. Et par celle voie ne pourra pas avoir l’ost nul deffault.

Peril est en fait de guerre et en ost quant couvoitise de pillage maine les gens d’armes plus que ne fait l’entente de garder le droit de leur perte ou l’onneur de chevalerie/ et pour los acquerre et telz gens doivent mieulx estre appellez pillars et robeurs que gens d’armes ne chevalereux. Et de ce bon exemple monstrerent les gaules quant ilz eurent vaincus les rommains a grant ost et a bataille sur la rive de Rosne et tresgrans proyes sur eulx gaignes Mais en signe que de ce ne faisoient nul compte/ et que la n’estoit pas leur intention prindrent toutes les proies fust Destriers/ riches harnois/ vaisselle/ or/ argent/ et tout jecterent en la riviere/ Laquelle chose moult espouenta les rommains comme ceulx qui oncques mais ce n’avoient veu faire.

Doncques le sage capitaine bien pourveu es choses dessusdites ne se attendra pas du tout aux fourragiers pource que souvent ne treuvent que prendre/ si sera pourveu devant son partement non pas seulement de toute garnison : mais de tous vivres que bon charroy et fardeaulx aura fait porter avant soy/ bledz/ farinez/ vins/ chairs sallees/ feves sel/ vin aigre avec ung pou d’eaue a boire quant vin fault/ & toutes aultres choses convenables/ que sagement fera dispenser.

Derechief dit le livre d’armes que se l’ost doibt demourer grant temps au lieu/ & grant force d’ennemys a grant nombre actende. Le lieu doibt estre de tresbons fossez fortiffié de xii. piez de large et de ix. de parfont et que roides et droiz soient faiz du costé des ennemys & broches de fer & autres choses encombrans y soient fichés aumoins s’on y vouloit devaler. mais dist il se l’ost n’y doibt pas longuement demourer & que grant puissance d’ennemis n’attende il n’est nul besoing de si grant fortiffiement ains souffist assez se fossez on y veult faire qu’ilz soient de viii. ou ix. piez de large et de vii. de parfont. Et doibt le bon capitaine commettre bonnes gens d’armes avec trait pour les ouvriers garder tandiz que icelles cloisons & bastilles se font.

Pour toutes telles choses faire le sage capitaine sera tresbien pourveu de tous hostilz convenables/ de pelles ferrees/ de rateaulx de pics & de tous instrumens a bastir et tendre logis tentes et pavillons et trefz necessaires & de ouvriers qui de ce se scevent entremettre.

Vegece.

Nonpourtant dit vegece que gens d’armes doibvent eulx mesmes estre tous maistres de copper bois faire chemin par hayes et buissons/ bastir logis faire cloisons de merrien et ramilles/ doller ais pour faire pons/ emplir fossez de ramilles pour faire passaiges et faire eschelles et toutes telles choses se besoing est/ Et selon ledit acteur les anciens conquereurs menoient avec eulx forgeurs qui forgoient heaulmes et tous harnois cultifz a faire ars saiettes javelines et toutes manieres de harnois/ et estoit leur souveraine cure que tout ce dont on avoit besoing on trouvast en l’ost comme en une cité/ car le retour n’estoit pas souvent en leurs maisons. Ilz y menoient aussi mineurs qui savoient miner la terre pour seurprendre despourveuement les ennemis. Avec ce vegece devise les choses qui sont bonnes a garder pour tenir l’ost en santé se longuement y doit sejourner et cinq choses y assigne. C’est assavoir Lieu. Eaue : temps : medicine/ et exercite Lieu qui ne soit d’emprez paluz ne marez fumeuz. Eaue qui ne soit malsaine orde ne corrumpue en fosse plaine de vermines. Temps que en esté ne soient aux grans chaleurs sans umbre des arbres & pavillons et que deffaulte ilz n’aient de bonne eaue pour eulx et leurs bestes. Medecine que doivent estre garnis de tous mires et de bons medecins et toutes choses qui a malades conviennent tout ainsi que s’ilz fussent en une cité. Exercite c’est que tant s’acoustument a suffrir peine et traveil et dures gestes quant vient a la necessité de maladie par la non acoustumance ne leur courre sus. Si sont ceulx convenables en bataille qui sont tous duis : et aussi acoustumez de endurer froit/ chault/ dure giste et aspre vie/ car nul riens ne leur peult advenir qu’ilz n’aient paravant essaié Ainsi et par ceste guise selon vegece le sage capitaine fera bastir ses logis esquelz par ordre establira ses capitaines avec leurs gens soubz divers estandars et banieres ainsy qu’il doibvent aller en bataille par la forme qu’il leur aura ordonné/ & il au milieu avec les siens sera avec son estandart dressé en hault.