Or est necessaire que durant le traictié que ainsy comme les ambassadeurs viennent vers toy de dela/ que tu y renvoies des tiens. Si doibs en ceste chose estre si bien advisé que n’en soyez deceu/ car moult y peult avoir grant peril se preudommes ne sont/ car par telz moyens et ambassadeurs plusieurs citez pays et royaumes sicomme Troyes jadiz et autres plusieurs ont esté deceuz par faulx et traytres ambassadeurs eulx monstrans estre loyaulx et bons Ne il n’est pas de pareil peril a cestuy pource que tant est couvert que a peine nul tant soit sage ne se peut de trayteur garder se par traïson a entreprins a le grever.
Contre ce peril y a meilleur remede que de y envoier des plus prochains de son sang se avec soy en a qui grant compte facent de sa mort et destruction et de tes meilleurs amis/ non pas par adventure de ceulx en qui plus te fies/ car par iceulx ont plusieurs esté deceuz/ mais de ceulx que tu auras mis en hault degré et qui perderoient se tu n’estoies & aultres de qui tu sentiras la vie et conscience bonne honnesté et loyale/ et de loyauté user en tours de guerres et batailles et que de traïson ne soient reprovez selon la sentence des bons/ bien le demonstra le tresvaillant fabricius dont tant avons parlé/ Lors qu’il estoit ost contre le roy pirus/ qui moult grevoit par ses batailles les rommains. Et le medicin d’icelluy roy pirus vint a Fabricius et luy offrit emprisonner son maistre mais que bien le voulsist guerdonner. Le vaillant homme luy respondit que ce n’estoit pas l’usage des rommains vaincre par traïson/ si le fist renvoier a son maistre lequel quant il sceut le cas dist a haulte voix. Or avant tourneroit le soleil de son cours que fabricius se partist de loyauté. Si s’en partit le roy pirrus sans donner ceste fois la bataille pour la cause de ceste grant bonté.
Cy devise les manieres que le capitaine d’ost doibt tenir le jour qu’il espoir pour certain avoir bataille. xxi. c.
Apres ces choses pour venir au point que fait de guerre conclud/ c’est assavoir assemblee de bataile comme ce soit le fait principal disons ainsi/ & s’il advient a toutes fins que necessité de combatre contraint l’ost de assembler a certain jour aux ennemis adonc ne doibt pas estre despourveu le sage capitaine de tout ce qu’il luy convient faire et adviser au mieulx & sont aucunes choses qui ne sont pas a oublier/ que fera il doncques il n’aura pas pou a penser/ car plus grant fait entre les hommes ne peut estre fait que cellui ou gist le plain fais de toute la contree l’estat du prince et la vie de infinies personnes/ l’onneur ou deshonneur du seigneur ou de la chevalerie et de tous nobles.
Adonc assemblera il tous les capitaines de l’ost devant soy et vouldra en audience parler a eulx presens tous ceulx qui estre y pourroient dire en telle ou semblable maniere. Treschiers freres compaignons et amis nous sommes icy assemblez si que vous savez par le commandement de nostre bon prince pour garder et tenir sa place ceste part comme ces lieutenans pour maintenir a l’espee la juste querelle de son bon droit que ses nobles predicesseurs ont par long temps soustenue/ ou qu’il a/ a bonne cause entreprise contre tel roy ou seigneur Duquel a receu plusieurs griefz/ c’est chose vraye sicomme nous en sommes bien informez Si sommez tenuz comme loyaulx subgetz ou ses advoez prenans de luy gaiges et souldees de garder & soustenir sa bonne cause en exposant corps et biens sicomme promis l’avons par nos sermens bien & loyaument sans deguerpir la place pour paour de mort. Or faisons donc tant et de ce vous supplie tous et requiers sicomme a chevaliers freres amys et compaignons que par nous et l’effort de noz corps & verde hardy couraige a nostre predit bon prince rapportons la victoire de ceste bataille si qu’il en ait l’onneur & preu et nous avec lui en soyons tousjours honnorez et prisez et que sa bonne grace nous puissons desservir. Si avons bonne cause beaulz seigneurs d’assaillir de fier couraige et envaÿr de grant voulenté ses ennemis/ bien le vous sçay a dire/ car ilz ont tort et nous droit. Si est dieu devers nous lequel sans faulte nous aidera a les vaincre se en nous ne tient. Or vueillés donc mes chiers amis chascun en droit soy si bien le faire que je aye cause de rapporter de vous telle relation que a tousjours mais il vous en soit mieulx. Et quant est de moy je vous jure sur ma foy que qui bien se portera a ceste besoigne je le pourverray a sa vie en honneur et grant proffit. Or allons hardiement mes enfans contre ces gens nos ennemis en nous commandant a dieu & lui priant qu’il nous en doint la victoire sicomme nous le desirons/ Telz manieres de parlers dira le saige capitaine aux siens & que ainsy doit estre fait se accordent tous acteurs qui en ce cas ont parlé/ & dient que ces manieres tenoient Scipion/ Julius cesar/ Pompee & les autres conquereurs Avec ce afferment que le capitaine doibt estre large et habandonné/ et est assavoir que les livres de chevalerie ne appreuvent quelconques couvoitises en capitaine avoir prins en honneur d’armes/ & certes ce demonstra bien le tresvaillant fabricius lequel pour l’exemple de sa bonté replicquons tant de fois en ce livre quant le roy pyrrus son ennemy qui moult le desiroit a traire de sa partie pour sa grant vaillance luy envoya grant quantité de vaisselle d’or et d’argent/ pource qu’il avoit entendu que si povre estoit que a sa taible n’estoit servy que en vaisselle de bois/ mais il la refusa en disant qu’il aimoit mieulx menger a honneur en vaisselle de boys que a honte et reproche en vaisselle d’argent. Il affiert aussi que le capitaine soit doulx & bening entre ses gens/ autrement n’est digne de tel office/ car ilz dient que par le moien de sa largesse & benignité il peut plus attraire les cueurs des siens que par nulle autre chose/ et sa benignité doibt donner hardiesse mesmes aux petis et de simple estat : de lui oser dire & signifier aucune chose se bonne leur semble ou fait des armes ainsi qu’il peut advenir que aucuns petis pevent avoir des bons amys Si que dieu donne ses graces aucunesfois qu’ilz ne doivent pas estre deboutez pour leur simple et povre estat. Et est escript que les vaillans conquereurs preteritz departoient les conquestes et proyes largement aux gens d’armes/ & pour eulx leur suffisoit seulement avoir l’onneur des batailles/ et pource faisoient leurs gens tout ce qu’ilz vouloient. Et que avec ce parolles attrayans soient bonnes ce dit vegece que le bon admonnestement du vaillant duc croist a ost hardement et courage/ et pource doibt souvent admonnester en demonstrant aux siens le droit qu’ilz ont/ & le tort des ennemys et comment sont tenus au prince et a la contree/ les admonnester de bien faire et promettre offices a ceulx [qui] bien feront Et de fait pour donner exemple aux autres doibt honnourer ceulx qui autresfois se seront bien portez et leur faire du bien/ affin que meilleur cueur en ayent. Et par telles parolles peult aussi croistre l’ire et maltalent des siens contre leurs ennemis et l’amour en bon vouloir devers le prince.
Cy devise la maniere de prendre l’avantage du champ selon vegece. xxii. cha.
Vegece dit que le capitaine doibt regarder au jour qu’il veult donner la bataille quelle voulenté ses gens ont/ car il peult appercevoir s’ilz ont paour/ par le viaire par les parolles et le mouvement du corps/ mais il dist que ce n’est pas a entendre de ceulx qui ne l’ont aprins/ car ce n’est pas merveilles s’ilz la ressoingnent/ mais se des exercitez d’armes font doubte/ doit delaier s’il peult a ung autre jour Et s’il a gens d’aucun païs jeunez et non usagés & qu’il doute de leur loyauté : commettre les doibt a bons et loyaulx capitaines & qui bien les sachent embesoigner & mettre en lieu ou fuir ne puissent Car par l’effroy de telz gens peut estre la bataille en peril/ & les bien introduire que obeissans soient/ Car nulle riens ne proffite plus en ost que obeyr aux capitaines/ et pource dist il que pour une seule voix ceulx qui seront loing de leur capitaine ne pevent savoir les soudaines necessitez qui pevent venir en bataille/ trouverent les anciens de user de certains signes par lesquelz hastivement faisoient savoir en l’ost ce que faire devoient/ ou par son de trompes par different chant ou par buisines ou autrement/ mais affin que par oyr plusieurs fois celle mesme maniere de son les ennemis ne s’i entendissent parfoys le differoient/ & se leur estoit avant le coup bien notiffié/ et des leur enfance on leur monstroit l’usage d’armes. Ces manieres leur estoient aprinses affin que par necessité des batailles en fussent duitz/ & pour celle cause furent trouees les trompettes qui diversifient leurs sons selon les cas qui adviennent. Or vient a point d’arrenger les batailles selon vegece. Si advisera le sage capitaine se que dit est de prendre premier l’avantage du champ en quoy troys principaulx poins sont a regarder. Le premier est de prendre le hault de la place.
Le second que a l’eure que la bataille durera les ennemys aient le soleil en l’oeil. Et le tiers que le vent leur soit contraire. Et se a ses trois choses peut advenir luy sera prouffit en tant qu’il n’est pas doubte que celluy qui est en la haulte place a avantage de force contre celluy qui est en bas.
Item le soleil en l’oeil fait grant encombrier et pareillement le vent qui les emplit de pouldre/ et aussi le trait porté par le vent en a plus grant force/ & aussi a l’oposite oste & destourne la force et la partie contraire/ et assavoir que par deux cautelles vainquirent les rommains en bataille ceulx de cycambre et les tyars/ ce fut par adviser de les envaÿr de tel costé que iceulx eussent le soleil au devant/ & l’autre fust par si fort les haster que loisir ne eurent de eulx mettre en ordonnance.