Item le iiie. engin est appellé mouton lequel est fait de mairien en guise de une maison couverte dessus/ en laquelle couverture sont clouez tout a l’environ cuirs crus et tous frecs qui peut/ affin que feu ne s’y puisse prendre. Au front de celle maison a ung tref/ qui a le bout tout couvert de fer gros et mascis Celluy tref on tire a chaines et est fait en la maniere que on le peut bouter et tirer tellement que ceulx qui sont dedens l’engin pevent par ce tref ferir grans coups contre le mur si que tout l’estonnent Si donne ses cops tout en la maniere que ung mouton recule pour heurter : & pour ceste cause est appellé mouton.

Item le quart est appellé bigue et destuy l’on n’a acoustumé soy aider si non au grant effort/ il est fait de gros mairien a viii. piez de lé & xvi. de long. couvert de cloyes et de fiens/ affin que pierres ne luy nuyssent/ & de cuirs gras advironnés pour le feu dessoubz en cest engin sont les hommes d’armes qui percent le mur et dessus ponts levis qu’on dit ponts volans/ que embatre pevent jusques aux murs assient leur estage eschielles en divers estages.

Item le ve. engin est encore de plus grant force & le moins en usage pource qu’il n’affiert si non en assaulz de grant et notable cité ou fortes places fort desirees ou sieges sont tenus a bon loisir/ et cestuy est appellé tour/ et est fait de gros mairien et d’entablemens a plusieurs estages. Et pour ce dit vegece que si grant edifice doibt bien estre gardé. Il affiert affin que feu n’y soit bouté qu’il soit couvert qui peut de lames de fer ou de cuirs crus et tous frecs/ Ausquelz selon ce qu’ilz sont haulz on leur donne de clarté. Car aucuns sont de trente piez : autres de l. & autres de lx. Et mesmement telz en y a si hault que non pas seulement surmontent les murs/ mais mesmement les plus haultes tours Si est celluy engin assis sur roes mouvables qui a force d’ommes et de chevaulz est mené au plus pres des murs qu’il est possible/ et pons volans y a que on peult embatre jusques dessus les murs/ & s’il advient que celle tour puist estre approchee des murs fort seroit ce en pou d’eure la ville n’estoit prinse/ car la dedens sont foison de gens d’armes en tous les estages. Dont ceulz d’en hault se combatent a bon trait & main a main a ceulx de dessus les murs et tost vaincre les pevent/ ceulx des autres estages percent le mur et ainsy de toutes pars envaÿe la cité ou forteresse par tel effort que ceulx de dedens ne scevent auquelles entendre/ si sont de legier prins et c’est ce que vegece enseigne quant il dit/ de plus de pars & de plus d’engins et de force/ assauldras tout a ung coup la forteresse et plus se esbahiront les deffendeurs & plus tost se rendront/ & pource que ad ce faire servent les eschielles et semblablement tous engins qui pevent estre faitz a monter hault est besoing premiers telz montees que on sache la haulteur des murs/ et a ceste cause l’enseigne vegece par deux voyes. L’une est telle qu’il dist que une saiette soit traicte jusques au hault du mur/ a laquelle ait ataché ung filet fort long qui soit tenu et pour ce pourra estre sceue la haulteur du mur. L’autre voie est que quant le soleil est tourné & il jecte l’ombre du mur & des tours a terre/ adont peult on mesurer l’ombre l’espace d’icellui/ deux bastons fichez aux deux boutz/ & par advis le bon et saige peut on extimer la haulteur que aux engins & autres habillemens convient avoir.

Cy commence a parler de deffendre chasteaux et villes selon vegece et sa doctrine. xxxvi. chapitre.

Chose est certaine que assez de legier se pourroit prendre & vaincre toute forte place s’il n’y avoit qui la deffendist. Et pour ce tout ainsy que vegece mist en son livre pour doctrines d’armes les manieres d’assaillir citez & chasteaulz. Semblablement fist il de les deffendre/ sy dit que contre les dessusditz engins et perilz et autres assés dont sachans qui en eux aient vertu de chevalerie y a mout de remedes/ car il n’est maladie ou il n’y ait secours/ & mieulz vault subtilité d’armes que force/ souvent advient et mesmement en cas de prendre chasteaulx et citez/ ainsy que par subtil art prindrent les rommains la forte cité de capasa que au roy tygrayn estoit d’armenie/ qui les guerroioit/ car ainsy que les ambaxadeurs d’icelle cité pour cuider traictier paix alloient & venoient les rommains s’embuscherent empres les murs Et quant lesditz ambassadeurs cuiderent entrer es portes les rommains saillirent sus si appertement qu’ilz prindrent la porte et tant le tindrent par leur vaillans et nobles couraiges que tout l’ost y entra Et par ceste maniere fut gorgiasement prinse celle cité tant forte et bien garnie qui par assault ne le peut estre. Et derechief dit vegece que plus est le commun avantaige aux deffendeurs que pour les assailleurs pour plusieurs raisons et mesmement en fait de combatre/ car ce que on gecte de hault soient lances pierres ou autrement de tant viennent de plus hault/ de tant plus blescent/ ausquelles choses se grant vertu y est adjoustee nulle garentise ne peut deffendre les combateurs de ce attains que fouldre ne les craventent. Premierement pevent ceulz de dedens estre secourus par leur seigneur s’il n’est en la place/ lequel a tresgrant force de gens d’armes pourra venir lever le siege & leur venir donner secours/ ou par aide d’aucuns de leurs amys ausquelz mandé et requis l’auront.

Quant le duc Lantalus capitaine d’ost rommaine estoit a ost contre le roy mitridates/ il manda a ses gens lesquelz estoient en la cité de Miteme qui si forte estoit que la mer y battoit d’une part et deux paires de murs l’advironnoient/ qu’ilz ne se esmayassent pour la grant aliance & puissance du roy mitridates/ & que tost secours auroient/ & fut grant chose au message passer par tant de gens et y aller/ mais ce fut par nuyt a nager ou il mist deux grosses bouteilles soubz ses aisselles/ & naga vi. mille pas de mer/ & par celle voye entra en la cité/ & tantost apres fut le roy mitridates contresiegé/ ou a tresgrant meschief fut son ost par faulte de vivres qui [ve]nir ne luy povoient. Eulz mesmes ou partie d’eulz se assez fors se sentent pevent assaillir les aultres despourveuz se leur point voient/ & ainsy les assaillir comme ilz sont assailliz/ car par celle maniere et voye a esté plusieurs foys assailli et vaincu. Et est chose tresfort necessaire que toutes gens qui en bataille vont pour la deffence du païs et cité/ aient bonne esperance envers dieu d’avoir la victoire pour le bon droit qu’ilz ont autrement ilz ne pourroient hardiement ne vaillamment combatre/ et que ceste esperance doibvent avoir est apparu trop de foys par l’effect qui en advenoit que dieu est favourable a telz combateurs/ si comme mesmement sembla qu’il fust a la cité de romme/ lors que entre les aultres foys ung nommé hanibal venu avecque merveilleux & grant ost devant la cité pour la destruire/ mais comme les rommains feussent yssus contre luy par grant et merveilleux hardement posé qu’ilz feussent le tiers moins de gens. Nostreseigneur qui ne voulut la ville ou il vouloit le temps advenir ediffier son eglise estre destruite/ envoya une si tresgrosse et merveilleuse pluye droit a l’eure que assembler vouloient que tant furent chargez leurs harnoys d’eaue que aider ne se peurent & a force les convint retraire/ et par troys foys ensuivant ainsy leur en advint comme se droit miracle fust. Hanibal dist que pas ne vouloit prendre guerre aux dieux/ car bien veoit qu’ilz estoient favourables a romme.

Item par paix et convenances qui se pevent faire et que on fait souvent advient aucunesfois que c’est plus le proffit de ceulz de dedens que de ceulz de dehors/ mais se a toutes fins les convient la dedens deffendre par vertu de leurs corps sans autre remede/ bon couraige leur est besoing. A l’exemple des cartaginois lesquelz ains que rendre voulsissent leur cité aux rommains pour destruire mieulz aimerent mourir/ lors que en parolles les tindrent lesditz cartaginois que forgé eussent armeures d’or/ d’argent/ de cuivre/ & de plusieurs autres metaulz pource que fer et acier leurs estoient faillis/ & avecques icelles se deffendirent jusques a la mort.

Sy convient que telz gens s’aident d’engins feu et pierres par tresgrant force/ Il est de necessité que ilz aient appareillé pos huille et souffre estouppes a grans touppilons que souvent traient aux engins de leurs adversaires et ennemys tant que en quelque maniere ou façon le feu y boutent/ & peut on bien trouver la maniere et habillité de faire bastons de sec boys cavez dedens et plains de feu convient et avoir estouppes & tirer ausditz engins le mieulz qu’on peult. Et semblablement les peut on bien destruire par ung engin duquel on gecte une fonde laquelle fonde est de fer a aneaulz/ et empres se dessusdit engin soit une forge laquelle ait ung grant fer bien rouge et bien embrasé si soit incontinent ce fer jecté en l’engin de dehors quel qu’il soit/ et contre ce fer ne peut avoir deffence cuir cru ne mesmement platines de fer.

Item on peut par nuyt avaller certains hommes en corbeilles a tout bon feu tout alumant si le fichent en engins.

Item on a veu plusieurs fois saillir hors ceulz de dedens et destruire par fer et par feu leurs ennemis. Avec ces choses dit que ceulz de dedens doivent adviser que de la partie ou cest engin appellé tour est assiz/ et soit de nuyt suhaussé le maçonnaige affin qu’il soit plus hault que l’engin et par en hault bastir d’aiz et d’entablemens pour mieulz surhausser/ Car ce le mur n’est plus hault l’engin est de petit proffit/ mais les assiegans ont communement une cautelle qu’ilz batissent ladite tour affin qu’elle semble plus basse que les murs/ apres font secretement une autre tourelle d’entablemens/ laquelle quant le grant engin est joinct au mur soudainement a cordes & tresgrans crocs la mectent hors/ et l’assient sur l’autre et tout acoup par celle voye les gens d’armes assaillent si soudainement les murs que grant deffence y convient s’ilz n’y montent/ mais a cestuy impediment doibvent estre pourveuz ceulz de dedens de bons gros trefz ferrez bien longz par lesquelz avec grant force le boutent arriere.