Cy devise le bon & saint avertissement & congnoissance qui vient a la bonne princesse par l'amour & crainte de nostreseigneur. chap. iiii
Ainsi la bonne princesse de dieu amonnestee qui aymera & craindra nostreseigneur se reviendra a soy & quelque bonne qu'elle soit se reputera estre la pire de toutes et aprés les subdictes choses pensees elle dira a soymesmes. Or vois tu & congnois par grace de dieu les tresgrans & espoventables perilz ou tu t'es fichee tout a cause de ce dampnable orgueil que feras tu doncques le contumeras tu ainsi veulx tu estre dampnee lequel te vault mieulx ou vivre a cestuy monde ung petit espace de temps a ton ayse & non mye du tout a ton aise. car de tant que plus te ficheras es delices du monde & plus te souviendra de divers desirs / lesquelz te tourmenteront le cueur pource que acomplir ne les pourras ne du tout avenir a tes vouloirs ne jamais ton cueur n'aura souffisance et estre dampnee perpetuellement ou te refraindre de tes superflues delices & vivre en l'amour et crainte de nostre seigneur & estre sauvee ou royaulme sans fin. Helasse dampnee & qu'esse d'estre dampnee. La saincte escripture dit que c'est estre privee a tousjours sans fin de la vision de dieu & en tenebres espoventables en la compaignie des horribles deables ennemys de nature humaine avecques les ames dampnees qui gectent voix cris & plaintz terribles maudissans dieu & leurs parens & eulx mesmes en torment inestimable en feu ardant et a brief dire comment jacob en pueur merveilleuse & en perpetuelle orreur & avec qui plus engrege le mal en esperance de jamais n'en yssir. O dolente te veulx tu aller ficher en tel dampnation & perdre par ta folie la grace que dieu te promet se tu la veulx deservir pour bien petit de labour & que te promet il. il t'a promis par les merites de sa saincte passion que si tu veulx garder ses saintz commandemens tu iras en paradis. Saint gregoire es omelies en parlant de celle saincte cité de paradis dit en brief qui est la langue & l'entendement qui peut comprendre ne dire quelles ne comment grandes sont les joyes de paradis estre tousjours present en la compaignie des anges avecques les benoitz saintz fichés en la gloire de nostre createur veoir le visaige plain de gloire de dieu & de la benoiste trinité face a face regarder veoir & sentir sa lumiere incomprehensible estre asovy de tout desir avoir congnoissance de toute science en repos eternel n'avoir jamais paour de la mort & estre asseure de tousjours estre sans partir & remaindre en celle gloire beneuree. O vois la difference des deux chemins lequel prendras tu seras tu enragee que tu te fiches en la bourbe pour te noyer & perir & laisses la saine belle & seure voye qui conduyt a sauvete / nennil nennil tu ne seras pas si mal conseillee que tu laisses le bien pour prendre le mal. O saincte trinité ung dieu en unité souverainne puissance parfaicte sapience & infinie bonté conseillés moy et me secourez aidés a saillir hors des tenebres d'ignorance qui tant m'ont aveuglee vierge digne pure & sacree confort des desolez esperance des biens creans tens moy la main de ta saincte misericorde si me tire hors du palu de pechié & d'iniquité. Tressaint beneure colliege & court de paradis anges & archanges cherubins & seraphins trosnes & dominations. Sains apostres de dieu martirs confesseurs et toute l'université des beneures martires vierges et continentes prieres pour moy & soyez en mon ayde.
¶ Cy devise des deux sainctes vies / c'est assavoir de la vie active et de la vie contemplative. Chap. v.
Or regardez doncques que tu as affaire se veux estre sauvee. L'escripture fait mention de deux voyes qui mainent ou ciel & sans suyvre les sentes d'icelles impossible est d'y entrer l'une s'appelle la vie contemplative & l'autre la vie active. Et que est a dire la vie contemplative & la vie active. La vie contemplative est une maniere & estat de servir dieu ouquel la personne qui est amy tant & si ardamment nostre seigneur que elle oublye entierement pere mere enfans tout le monde & soymesmes pour la tresgrant et embrasee entente que elle a a son createur sans cesser ne ailleurs ne pense et toutes aultres choses ne luy sont riens ne il n'est povreté tribulation ne autre torment dequoy autre creature puisse estre grevee qui au droit cueur contemplatif puist estre empeschement ne dequoy il fist compte sa maniere de vivre & despriser parfaictement tout ce qui est du monde & les joyes d'icelluy se tenir solitaire & sustrait de toute gent les genoulx a terre les mains joinctes les yeulx ou ciel le cueur eslevé par si haulte pensee que elle va devant dieu contempler & regarder par saincte inspiration la benoiste trinité la court du ciel & les joyes qui y sont & en cel estat est le parfait contemplatif souventeffois tellement que il semble qu'il ne soit mie en soymesmes & la consolation doulceur & joye que il sent adonc ne pourroit estre a celle comparee. Car il sent ja & gouste des gloires & joyes de paradis c'est assavoir il voit dieu en esperit par contemplation il art a son amour si a souffisance parfaicte en ce monde. car il ne veult ne desire autre chose & dieu le reconforte. Car il est son servant & le repaist des doulx metz de son saint paradis c'est de pures & des choses qui sont ou ciel et de parfaicte esperance d'aller a celle joyeuse compaignie. Si n'est nulle joye pareille a celle. Ceulx qui le scevent qui l'ont essayé combien que parler je n'en puis dont il me poise fors ainsy que l'aveugle des couleurs. Et ceste vie soyt sur toutes autres aggreable a dieu est apparu maintes fois au monde visiblement si comme il est apparu & escript de plusieurs saintz & sainctes contemplatis qui ont esté veuz quant ilz estoyent en leur contemplation eslevés dessus terre par miracle de dieu si que il sembloit que le corps voulsist suyvre la pensee qui montee estoit au ciel de ceste saincte & treslevee vie ne suis digne assez de a son droit parler ne la descripre si que a sa dignité appartient. mais de ce treuve l'en assez de sainctes escriptures plaines qui plus en vouldra veoir. La vie active est ung aultre estat de servir dieu qui est telle que la personne qui la veult suyvre sera tant charitable que elle vouldroit si elle povoit a tous servir pour l'amour de dieu. Si cerche les hospitaulx visite les malades & les povres & les sequeure du sien et de la peine de son corps pour l'amour de dieu selon son povoir / a si grant pitié des creatures que elle voit en pechié ou en misere & tribulation que elle en pleure comme de son mesmes fait ayme le bien de son prouchain comme le sien propre tousjours est en labour de bien faire ne jamais n'est oyseuse son cueur art sans cesser de desirer de acomplir les oeuvres de misericorde esquelles s'employe de tout son povoir. Telle creature porte toutes injures & tribulations paciemment pour l'amour de dieu & ceste vie active sert sicomme tu peulx veoir plus au monde que la devantdicte. Si sont toutes deux de grant excellence mais de la plus parfaictes des deux nostreseigneur Jhesucrist luy mesmes donna la sentence lorsque marie magdalene en qui est figuree la vie contemplative estoit seant aux piez de nostre seigneur comme celle qui n'avoit le cueur a aultre chose et qui toute ardoit de sa saincte amour et Marie marthe sa seur de laquelle est entendue de la vie active qui estoit hostesse de nostre seigneur et besongnoit aval l'hostel pour le service de luy et de ses apostres se plaingnit a nostreseigner de ce que marie la sa seur ne luy aydoit & nostreseigneur l'excusa en disant marie tu es moult dilligente et ton oeuvre bonne & necessaire mais non pourtant marie a esleu la meilleur partie pour laquelle partie de luy on peut sçavoir que non obstant que la vie active soit de grant excellence / & necessaire pour l'ayde & secours de plusieurs Toutesfoys la contemplation qui est de laisser tout le monde & les embesongnemens qui y sont pour seullement penser a luy est de plus grant dignité et plus parfaicte & pour celle cause furent trouvez & establies des saintz prudhommes jadis les religions qui est le plus hault estat vers dieu qui soit qui en faict son devoir affin que ceulx qui vouldront vivre a contemplation puissent la estre separés du monde au service de dieu sans autre soing & pleust a eulx mesmes / car a dieu plairoit bien que chascun y fist son devoir.
¶ Cy devise de la voye que la bonne princesse se delibere a tenir. Chapitre. vi
Adviser te convient ce dit a soymesmes la bonne princesse de dieu inspiree laquelle de ses subdictes voyes tu veulx tenir il est dit communement / et il est vray que discrecion est mere des vertus. Et pourquoy est elle mere / pource que elle conduyt & maine les autres & qui n'entreprent par elle quelconques chose que l'en veult faire tout l'ouvraige vient a neant et est de nul effect / pource n'est necessaire ouvrer par discrecion / comment par discrecion / c'est ce que doy adviser ains que j'entrepreigne quelconque chose. Premierement la force ou foiblesse de mon povre corps & la fragilité a qui je suis encline & aussi a quel subgection il convient que je obeysse selon l'estat ou dieu en ce monde m'a appellee & commise & si je considere au vray ces choses je me treuve quelque bonne voulente que j'ay tresfoible de corps pour souffrir grant abstinence & grant peine & foible d'esperit par fragilité & inconstance & puis que je me sens telle je ne doy mye de moy mesmes preserver que je soye de tel vertu non obstant que dieu dit tu lairras pere & mere pour mon nom que je me pense du tout a ce disposer & laisser mary enfans estat mondain & toutes occupations terriennes pour entendre du tout a servir dieu en la vie contemplative sicomme ont fait les plus perfaictes creatures. Si ne doy entreprendre chose ou a le perseverer je peusse suffire. Que feray doncques chemineraige par voye active. Helas heureulx sont ceulx qui prennent les oeuvres qui ont esté commandés excercer Hé dieu que me eusses tu ores establie ou monde en l'estat d'une povre femme affin que je te peusse en ycelle a tout le moins parfaictement servir en administrant et faisant service a tes membres se sont les povres pour l'amour de toy. Helas comment acomplirayge ce que je ne me sens mye du tout disposee a vouloir a toutes fins de laisser tout estat pour moy employer / beau sire dieu conseilles moy et me inspires que je doy faire pour me saulver. Car quoy que je sache bien que autre chose ne fait a aymer ne desirer que toy seul & que toute aultre joye est neant je n'ay force en moy que je puisse du tout le monde relenquir. Si suis moult espoventee que je feray / car tu dis que impossible est que le riche soit saulvé. Adonc vient saincte informacion a la bonne princesse qui luy dist en telle maniere. Or vecy que tu feras dieu ne commande mye que on laisse tout pour le suyvre si ce n'est a ceulx qui du tout veullent estre de la tresplus parfaicte vie. Si ce peut chascun saulver en son estat & ce que dieu dist que impossible est que ung riche soit saulvé est a entendre des riches sans vertus se leurs richesses ne distribuent en aulmosnes & biensfais desquelz toute leur felicité est en leur avoir n'est mye doubte que telz gens dieu hét & que ja n'enterons ou ciel tant qu'ilz soyent telz et des povres dont il dit que ilz sont bieneurez / c'est a entendre de povres d'esperit laquelle chose peut estre mesmement ung tresriche et habondant homme. C'est assavoir celluy qui ne prisera riens les richesses du monde & se il a il les distribuera en bonnes oeuvres & au service de dieu ne pour honneur ne se orgueillist ne pour richesse ne se tient plus grant et telle creature quoy que elle habonde en biens mondains et povre d'esperit et possedera le royaume des cieulx & tu le peuz veoir n'a il pas esté grant foison de roys et de princes qui sont sains en paradis si comme sainct loys de france et plusieurs aultres qui ne laissoyent pas le monde ensois regnoyent & possedoyent leurs seigneuries au plaisir de dieu mais ilz vivoyent justement ne pource n'assavouroyent en vaine gloire ne en boubant les honneurs que on leur faisoit et reputoyent que l'honneur fust a l'estat de sa seigneurie dont ilz estoyent vicaires de dieu en terre et non mye a leurs personnes et semblablement a esté de roynes de princesses moult grant foison qui sont sainctes en paradis si comme la femme du roy de france aussi saincte baudour saincte helysabeth royne de hongrie & assez d'autres. Si n'ayez point de doubte que dieu veult estre servy de gens de tous estatz et en chascun estat on se peut saulver qui veult. Car l'estat ne fait mye le dampnement mais n'en sçauroit user sagement c'est ce qui damne la creature pource en conclusion je voy bien que puis que je ne me sens de tel force que je puisse du tout en tout eslire & suyvre l'une des deux dessusdictes vies je mettray peine a tout le moins de tenir le moyen si comme saint pol le conseille & prendre de l'une & de l'autre vie selon ma possibilité le plus que je pourray.
¶ Cy devise comment la bonne princesse vouldra attraire a soy toutes vertus. Chapitre .vii.
Toutes ces choses ou les semblables pensera la bonne princesse par divine information & pour les mettre a effet tiendra tel voye elle vouldra estre bien informee par bons & saiges que est bien & que est mal affin que le bien puist eslire & le mal eschever & quoy que toute personne mortelle soit par nature encline en peché se gardera a son povoir par especial de peschié mortel et vouldra faire tout ainsi que faict le bon medecin qui cure la maladie par son contraire Si ensuyvra la parolle de Crisostome sur l'evangille sainct Mathieu qui dit que qui veult avoir la princesse celleste il luy convient ensuyvre humilité terrestre. Car envers dieu n'est pas celluy le plus hault qui est icy le plus grant & le plus eslevé en honneurs mais celluy qui est le plus juste en terre est le greigneur ou ciel pource que elle congoistra que les honneurs communement eslievent en orgueil son cueur se disposera en toute humilité et pensera en soymesmes que non obstant que il appartiengne a l'estat de son seigneur et du degré dont elle est que des honneurs reçoyvent ja en quelque dominacion que elle se voye son cueur n'en sera blecié en arrogance ne eslevé en pensee ains rendra graces a dieu & luy attribuera tout l'honneur & de son cueur ne partira point la pensee de congnoistre que elle est une povre creature mortelle fresle et pecheresse & que l'estat que elle reçoit n'est que ung office dont luy conviendra a dieu en brief temps luy en rendre compte. Car sa vie au regard du perpetuel siecle n'est que ung petit trespas ceste noble princesse doncques quoy que la dignité de son estat requiert que elle reçoyve des gens grant reverence n'y prendra point de delict quand on les luy fera & tout au moins que elle se pourra passer garde l'honneur de son estat vouldra que on luy face son maintien son parler son port sera doulx & benigne la chiere plaisante a yeulx baissez reddant salut a toute creature qui la luy baillera en parolle tant humaine tant doulce que aggreable soit a dieu & au monde. Et avecques ceste vertu d'humilité la noble dame vouldra tant estre paciente que quoy que le monde livre assez d'aversitez aussi bien aux grans seigneurs et aux grans dames que aux petites gens selon leurs estatz pour chose qui luy adviengne ne sera mené a impacience et toutes adversitez prendre en gré pour l'amour de nostre seigneur. Et l'en remercyra de bon cueur Et mesmement tellement se disposera en ceste vertu de pacience. que s'il advenoit ores que elle receust aucun tord ou grief de quelque personne ou de quelques gens comme on fait plusieursfois a maintes dames sans cause si ne querra elle leur pugnicion ne pouchassera ne vouldra et s'il advient que pugnis soyent par droit & par justice elle en aura pitié pensant que dieu commande que on ayme ses enemys & que saint pol dit que cherité ne quiert mye mesmes ce qui est sien. Si portera a dieu pour eulx qui leur donne pacience et en ait mercy. Ceste noble dame ainsi disposee par grant constance & force de courage ne fera pas grant compte des dars des envieux. C'est assavoir que si elle sçoit ores que aucunes parolles ayent esté dictes contre elle sicomme on fait tous les jours des meilleurs ja si grans ne seront pourtant ne s'en troublera ne le tiendra a grant meffait / ains le pardonnera de legier ne ja pour sa haultesse ne reputera pou de mesprison se aulcun luy fait par grant injure pensant les grans injures que nostre seigneur souffrit pour nous & si pria pour ceulx qui le tourmentoyent. Si pensera la tresbonne dame que en aucune maniere le peut avoir desservy & ainsi tiendra par vertu l'enseignement de senecque qui dit en parlant aux princes & princesses ou puissans personnes que c'est moult grant merite envers dieu louange au monde & signe de noble vertu que de laissoir aller legierement le meffait dequoy on se pourroit legierement venger & est chose de bon exemple aux petites gens Et ce mesmes temoigne saint gregoire ou .xxii. livre de moralles qui dit que nul n'est parfaict s'il n'a pacience sur les maulx que ses prochains luy font. Car qui ne porte souffraument les maulx d'aultruy est impatient & tesmoigne que il est loing de la plenitude des vertus & en louant les patiens dit icelluy mesmes sainct que tout ainsi que la rose fleure souef et est belle entre les espines poignans la patiente creature resplandist victorieusement entre ceulx qui s'efforcent de luy nuyre. Ceste princesse qui vouldra et se penera d'amasser vertus sus vertus aura bien reccort que sainct pol dit que qui auroit en luy toutes aultres vertus ne finast d'aourer allast en pelerinage fist grans jeunes et grant abstinences & tout le bien que faire se pourroit & n'auroit en soy charité tout ce ne luy prouffiteroit riens. Et pource elle de ce tresbien informee vouldra avoir celle belle vertu en telle maniere que elle sera tant piteuse envers toutes gens que le mal d'aultruy luy vouldra comme le sien propre & ne luy souffira mie seullement en avoir la desplaisance de veoir gens en desolation se elle mesmes ne met main a la paste de tout son povoir pour leur ayder. Et si comme dit ung tressaige docteur. Charité s'estent en plusieurs manieres et ne s'estent mye seullement que on doye aultruy ayder de l'argent de sa bourse mais aussi de l'ayde et reconfort de sa parolle & de son conseil ou il eschiet & de tout le bien que on peut faire. Si fera ceste dame par pure benigne & saincte charité advocate & moyenne entre le prince son mary & son enfant se elle est veufve et son peuple ou toute gent a qui en bien faisant selon que a elle appartiendra pourra ayder aucunesfoys adviendra par adventure que le dit prince par maulvais conseil ou pour aulcune cause vouldra grever son peuple d'aulcune charge par quoy les subjetz qui sentiront leur dame plaine de pitié de bonté et de charité viendront vers elle & treshumblement la supplieront que il luy plaise estre pour eulx vers le prince. Car ilz sont trespovres & ne pourroyent sans trop grant grief ou estre desers suffire a tel finance ou se il advient que ilz soyent en aucune indignation vers le prince ou par maulvais raport ou par aulcune deserte luy viendront supplier que elle face leur paix ou se ilz ont a faire d'aucune grace ou d'aucun previliege la bonne princesse parlera a eulx sans nul refus ne sans trop grant magnificence de longue actente les recevera tresbenignement & orra a leur loysir & bien entendra tout ce qu'ilz vouldront dire & sera acompaignee de saiges preudhommes & de bonne vie qui seront de son conseil. Si fera sa responce sage & convenable par le bon advis d'iceulx excusera son seigneur et en dira bien si aulcunement pour quelque cas s'en tiennent mal contens dira que elle se charge de tout son pevoir de en faire la paix ou d'estre leur bonne amye en la peticion que ilz demandent & en toutes autres choses a son povoir les prira que tousjours soyent loyaulx & bons obeissans vers son seigneur et que a toutes heures pourront vers elle a leurs besoings recourir & que point ne leur fauldra de chose que elle puisse. Ainsi celle noble dame respondra tant sagement aux embassadeurs du peuple ou des subgetz que quant ilz s'en partiront ilz seront contens que se ilz avoyent devant aucune rancune rebellion ou murmure en courage ilz seront tous pacifiez & la bonne dame ne les fera mye muser en vaine esperance ains leur tiendra bien ce que promis leur aura sans longue dilacion parlera a son seigneur bien & saigement & y appellera des autres sages se mestier est treshumblement suppliera pour le peuple. Monstrera les raisons dequoy elle sera tresbien informee comment il est necessaire que prince se longuement il veult regner en paix & glorieusement soit amé de ses subgetz & de son peuple luy ramentera parolles selon la forme que senecque dit ou troisiesme livre de ire / qu'il dit que quoy qu'il soit bien seant a toute personne d'avoir benignité par espicial il est advisant a prince l'avoir vers ses subjetz & a brief dire tant fera & tant pourparlera que elle aura tout ou partie de sa requeste et si sagement le raportera ausdictz subgetz que ilz se tiendront pour contens du prince & d'elle & treshumblement l'en mercieront.
¶ Ce devise comment la sage princesse ou dame se pourra de mettre la paix entre le prince & les barons s'il y a aucun discord. chap. viii
Ou s'il advient cas que aucun prince voisin ou estranger vueille mouvoir guerre pour aucune chalange a son seigneur ou que son seigneur la vueille mouvoir a autruy la bonne dame pesera moult ceste chose en pensant les grans maulx et infinies cruaultés pertes occision de pays et detraction de pays & de gens qui a cause de guerre viennent a la fin que souventesfois en est merveilleuse / & advisera de toute sa puissance se elle pourra tant faire en gardant l'honneur de son seigneur que ceste guerre puisse estre eschevee & en ce vouldra travailler et labourer songnousement en appellant dieu a son ayde et par bon conseil & tant fera si elle peut que voye de paix sera trouvee Ou s'il advient que aucun des princes du royaulme ou pays ou des barons ou des chevaliers ou subgetz qui ayt puissance se soit d'aucune chose meffait mesmement contre la magesté de son seigneur ou que il en soit en coulpe. Et elle voit que de le prendre & pugnir ou movoir contre luy guerre peut venir grant mal en la terre sicomme en cas pareil on a veu maintesfois en france et ailleurs par les contes d'ung bien petit baron ou chevalier au regard du roy de france qui est ung grant prince sont venus mains grans maulx & dommages au royaulme sicomme racomptent les cronicques de france du conte de corbeil du seigneur de montlehery & de plusieurs autres. Et mesmement advint n'a pas long temps de messeir robert d'artoys lequel par le contenus que le roy ot a luy dommaiga moult le royaulme de france a l'ayde des angloys. Et pource la bonne dame qui aura regard a ces choses et pitié de la destruction du peuple se vouldra travailler d'y mettre paix si admonnestera le peuple son seigneur & son conseil d'avoir sur ceste chose regard avant que on l'entreprengne veu le mal qui en pourroit venir & ce que tout prince doit a son povoir eschever effusion de sang & par especial sur les subgetz. Si n'est mye peu de chose d'entreprendre nouvelle guerre qui ne se doit faire sans grant advis et meure deliberation & que mieulx vauldroit adviser aulcune plus convenable voye pour traire a accord par aucuns bons moyens. Ceste dame ne s'en souffrira mye a tant ains fera tant qu'elle parlera ou fera parler gardant son honneur et celle de seigneur a celluy ou ceulx qui auront commis le meffait & les en reprendra en pongnant & en oygnant disant que le meffaict est moult grant et que a bonne cause en est le prince indignes & que sentence est de s'en venger sicomme il est raison mais non pourtant elle qui tousjours vouldroit le bien de paix en cas que ilz se vouldroyent amender ou en faire amende convenable mettroit voulentiers peine d'essaier se pacifier les pourroit vers son seigneur par telz voyes ou par telz parolles ou semblables la bonne princesse sera tousjours moyenne de paix a son povoir sicomme estoit jadis la bonne royne blanche mere de sainct loys qui en ceste maniere se penoit tousjours de mettre accord entre le roy & les barons sicomme elle fist du conte de champaigne & d'autres laquelle chose est le droit office de saige & bonne royne & princesse d'estre moyenne de paix et concorde de travailler que guerre soit eschevee pour les inconveniens qui advenir en pevent & ad ce doyvent adviser principallement les dames. Car les hommes sont par nature plus courageulx & plus chaulx & le grant desir qu'ilz ont d'eulx venger ne leur laisse aviser les perilz ne les maulx qui advenir en pevent / mais nature de femme est plus poureuse & aussi de plus doulce condicion. Et pource si elles sont saiges si elles veullent elles pevent estre le meilleur moyen a pacifier l'homme. Et a ce propos dit salomon es proverbes au. xxvi chapitre. Doulceur & humilité assouagist le prince & la langue mole. C'estadire la doulce parolle fleichist & brise sa dureté. tout ainsi comme l'eaue par sa moisteur & froidure estaint la chaleur de feu. O de quans grans biens ont maintesfois esté cause au monde roynes & princesses en mettant paix entre ennemys entre princes & barons & entre peuple rebelle & leurs seigneurs les escriptures en sont toutes plaines. Si n'est en terre si grant bien que de princesse & haulte dame bonne & saige. Eureux est le païs & la contree qui telle l'a & de ce donnasse plusieurs exemples / mais de ce est assez parlé a ce propos ou livre de la cité des dames Et que advient il de tel princesse / il advient que tous les subgetz qui la sentent de tel sçavoir & bonté afuient a elle a refuge non mye seulement comme a leur maistresse mais ce semble a leur deesse en terre a qui ilz ont souveraine esperance & fiance & elle est cause de maintenir la contree en paix. Si ne sont mye ses oeuvres sans charité / ains sont tant meritoires que plus grant bien ne pourroit estre fait.