2° Paulin Paris (Manuscrits françois de la Bibl. du roi, V, p. 168) vers 1 et 2, 168 à 196, 796 à 800.
Vers 225 à 232.—Hutin de Vermeilles, chevalier et chambellan du roi, figure dès 1370 dans un compte de Jean le Mercier[1], comme envoyé par le roi à Avignon avec Bureau de la Rivière à la tête d'une compagnie de trente hommes d'armes. L'année suivante, il reçoit 200 fr. d'or en payement de ses frais de voyage auprès du Sire de Parthenay (Bibl. nat., Pièces orig., vol. 2969); puis nous le trouvons en 1377, capitaine et garde du château royal de Vivier en Brie, aux gages de 300 fr. d'or par an (Pièces orig., vol. cité). Il fut encore chargé de plusieurs missions importantes: en 1383 le roi lui fait don de 1,000 fr. d'or, très probablement pour couvrir de nouvelles dépenses de voyage. Plus tard il touche, en vertu de Lettres du 7 juillet 1388, une même somme de 1,000 fr. qui lui est accordée en récompense de son ambassade auprès du roi d'Aragon et du comte de Foix (Pièces orig., vol. cité). Enfin, d'après la chronique du bon duc Loys de Bourbon il est un des deux chevaliers français admis à Marienbourg à la table d'honneur dressée par le roi de Prusse après sa victoire contre les Suédois.—Hutin de Vermeilles épousa Marguerite de Bourbon, fille de Louis Ier de Bourbon, comte de la Marche; cette dernière mourut en 1362 et fut enterrée dans l'Église de Saint-Pierre-d'Aronville, près de Pontoise, où son mari devait reposer plus tard (P. Anselme, I, 298). Nous avons retrouvé que Charles VI fit faire à Paris en 1390, à l'Église des Blancs Manteaux, l'«obsèque» pour le repos des âmes d'Olivier de Mauny et de Hutin de Vermeilles, chambellans (Bibl. nat., Quittances, vol. 26024, n°. 1493). 233 à 244.—Sur Othe de Granson et ses compositions poétiques, voy. l'intéressant travail que M. A. Piaget a publié dans la Romania, XIX, p. 237 et 403. 267 à 269.—Allusion à certains personnages de l'antiquité qui auraient été trompés par les femmes (voy. Romania, XV, 316 et Bulletin de la Société des Anciens Textes, 1876, p. 129).
[1] H. Moranvillé, Etude sur la vie de Jean le Mercier, dans les Mémoires présentés par divers savants à l'Acad. des inscr., 2e série, t. VI, p. 250.
LE DIT
DE LA ROSE
(14 février 1401, anc. st.).
CI COMMENCE LE DIT DE LA ROSE
A tous les Princes amoureux
Et aux nobles chevalereux,
Que vaillantise fait armer,
Et a ceulz qui seulent amer
5 Toute bonté pour avoir pris,
Et a tous amans bien apris
De ce Royaume et autre part,
Partout ou vaillance s'espart:
A toutes dames renommées
10 Et aux damoiselles amées,
A toutes femmes honnorables,
Saiges, courtoises, agréables:
Humble recommandacion
De loyal vraye entencion.
15 Si fais savoir a tous vaillans,
Qui pour honneur sont travaillans,
Unes nouvelles merveilleuses,
Gracieuses, non perilleuses,
Qui avenues de nouvel
20 Sont en beau lieu plain de revel;
Aussi est droiz que ceulz le sachent
Qui mauvaistié devers eulz sachent,
A fin qu'ilz amendent leurs fais
Pour estre avec les bons parfais.
25 Si fu voir qu'a Paris advint,
Presens nobles gens plus de vint,
Joyeux et liez et senz esmois,
L'An quatre cens et un, ou mois
De janvier, plus de la moictié
30 Ains la date de ce dictié
Du mois passé, quant ceste chose
Advint en une maison close
Et assemblée de nobles gens,
Riches d'onnour et beaulx et gens.
35 Chevaliers y ot de renom
Et escuiers de vaillant nom.
Ne m'estuet ja leurs noms nommer,
Mais chascun les seult bons clamer;
Notables sont et renommés,
40 Des plus prisiez et mieulx amez:
Du trés noble duc d'Orliens,
Qui Dieu gart de tous maulx liens,
Si sont de son hostel tous ceulz.
Et n'y avoit pas un tout seulz
45 Qui n'aime, je croy, tous bons fais;
Leans a assez de si fais.
Assemblez les ot celle part
Courtoisie qui ne depart
De ceulz qui sont de gentil sorte.
50 La fu bien fermée la porte,
Car vouloient en ce lieu estre
Senz estranges gens privez estre
Pour deviser a leur plaisir.
La fu appresté a loisir
55 Le soupper; si furent assis
Joyeux et liez et non pensis.
Bien furent servis par les tables
De mez a leur gré delitables.
Car ne fu, j'en ose jugier,
60 Pas tout leur plaisir ou mangier
Mais en la compaignie qui
De vraye et bonne amour nasqui.
Liez estoient et esbatans,
Gays et envoisiez et chantans
65 Tout au long de cellui souper,
Comme gent qui sont tout un per
Et amis vrais sens estrangier.
La n'ot parlé a ce mangier
Fors de courtoisie et d'onnour,
70 Senz diffamer grant ne menour,
Et de beaulx livres et de dis,
Et de balades plus de dix,
Qui mieulx mieulx chascun devisoit,
Ou d'amours qui s'en avisoit
75 Ou de demandes gracieuses.
Viandes plus délicieuses
N'y ot, com je croy, a leur goust,
Tout soyent d'assez petit coust,
Et de ris et de bonne chiere;
80 De ce n'orent ils pas enchiere.
Ainsi se sirent longuement
En ce gracieux parlement.
Mais Amours, ses loyaulx amis,
Qui a valeur se sont soubzmis,
85 Volt visiter droit en ce point.
Car alors seurvint tout a point,
Non obstant les portes barrées
Et les fenestres bien sarrées,
Une dame de grant noblesse
90 Qui s'appella dame et deesse
De Loyauté, et trop belle yere.
La descendi a grant lumiere
Si que toute en resplent la sale.
Toute autre beauté si fut pale
95 Vers la sienne de corps, de vis
Et de beau maintien, a devis
Bien parée et bien atournée.
Si fu entour avironnée
De nymphes et de pucelletes,
100 Atout chappellès de fleurettes,
Qui chantoient par grant revel
Hault et cler un motet nouvel
Si doulcement, pour voir vous dis.
Que bien sembloit que Paradis
105 Fut leur reduit et qu'elz venissent
De cellui dont fors tous biens n'issent,
Celle deesse a tel maisgnie.
Devant la table acompaignie
Vint o les siennes bien parées,
110 Si tenoient couppes dorées,
Si comme pour faire en present
A celle gent nouvel present.
Adonc fu la sale estourmie,
Il n'y ot personne endormie,
115 Tuit furent veoir la merveille,
Il n'y ot cellui qui l'oreille
Ne tendist pour bien escouter
Que celle leur vouloit noter;
Chascun se tut pour y entendre.
120 Quant les pucelles a cuer tendre
Orent leur chançon affinée
Adonc se prist la belle née,
Qui d'elles dame et maistresse yere,
A dire par belle maniere
125 Ces parolles qui cy escriptes
Sont en ces balades et dittes.
Ne plus ne moins les ennorta
Et les balades apporta:
Balade.
Cil qui forma toute chose mondaine
Vueille tousdiz en santé mantenir
Et en baudour de grant leesse plaine
Ceste belle compaignie et tenir.
Deesse suis, si me doit souvenir
De trestous bons et des bonnes et belles.
135 Pour ce qu'ainsi il doit appartenir
Venue suis vous apporter nouvelles.