— Non! ce n'est pas moi, répondit Valderez en souriant. Mais mon mari a jugé avec raison qu'il était temps de lui enlever ses atours de sauvageon.
— D'autant plus que nous allons en faire un petit chrétien, ajouta M. de Ghiliac en donnant une tape amicale sur la joue de l'enfant. Mais nous vous retenons là, Roberte… Vous verrons-nous à Arnelles, avant votre départ?
— Oui, j'irai vous voir demain… si je ne dois pas vous déranger, madame?
— Mais pas du tout, je serai heureuse, au contraire, de faire plus ample connaissance avec vous, dit gracieusement Valderez.
— A bientôt donc.
Elle tendit la main à Elie et à Valderez, et remit en marche son petit équipage. Ses traits se contractaient sous l'empire d'une rage sourde, et elle murmura tout à coup entre ses dents:
— Je n'imaginais pas encore qu'elle fût si belle! Et quels yeux! Quel regard inoubliable! Il en est amoureux, naturellement. Il faut même qu'il le soit fortement pour venir s'enterrer à la campagne à cette époque. Et il est jaloux, puisqu'il la confine ici… Pourtant, non, il l'a laissée longtemps seule… Je n'y comprends rien! Est-ce une comédie qu'il joue? Bien fin qui pourra le dire! Mais il y a quelque chose de changé en lui, et… et je suis certaine qu'il l'aime! acheva-t-elle en enveloppant d'un coup de fouet le poney qui bondit en secouant sa crinière, comme pour protester contre un traitement auquel il n'était pas accoutumé.
Pendant ce temps, M. de Ghiliac demandait à sa femme:
— Comment trouvez-vous Mme de Brayles, Valderez?
— C'est une jolie personne, et qui paraît intelligente et aimable.