Il eut un sourire légèrement railleur.
— Ce serait peut-être une sage résolution. Mais non, il n'en est pas question pour le moment. Paris me reverra encore, — plus ou moins longtemps, cela dépendra de ma femme, qui s'y plaira peut-être moins qu'ailleurs. C'est elle qui décidera de nos séjours ici ou là. Quant à moi, peu m'importe, je me trouverai bien partout.
Un instant, dans le jardin d'hiver, un silence de stupéfaction passa. Une telle déclaration, de la part de cet homme si fier de son autorité, révélait à tous la place que tenait Valderez dans sa vie.
La lueur amusée qui se discernait dans le regard du marquis montrait qu'il avait tout à fait conscience de l'effet produit par ses paroles. M. d'Essil glissa un coup d'oeil discret vers Mme de Ghiliac. Quelque chose avait frémi sur ce beau visage. La déclaration d'Elie venait sans doute confirmer toutes ses craintes.
Le regard de M. d'Essil, qui se dirigeait curieusement vers Roberte, vit un éclair de haine s'allumer dans les yeux bleus. Au bout de l'enfilade des salons s'avançaient Valderez et la comtesse Serbeck, que suivaient Guillemette, les aînés de Claude, Otto et Hermine, et les deux enfants de Mme de Trollens.
— Que viennent donc faire ici ces enfants? demanda Mme de Ghiliac d'un ton sec, quand les jeunes femmes pénétrèrent dans le jardin d'hiver.
Ce fut Valderez qui répondit:
— En raison d'une sagesse exemplaire depuis quelques jours, je leur avais promis pour aujourd'hui une tasse de chocolat, la gourmandise par excellence pour tous, et qui, paraît-il, leur semble bien meilleure prise l'après-midi, avec les grandes personnes. C'est là une récompense tout à fait exceptionnelle. Mais si cela vous dérange, ma mère…
M. de Ghiliac, qui s'était avancé de quelques pas, interrompit vivement:
— C'est très bien ainsi, au contraire. Nous ne pouvons qu'être heureux de recevoir et de gâter un peu des enfants bien sages… qu'en dis-tu, Guillemette?