Il tenait ses mains entre les siennes, elle sentait sur elle la caresse ardente de ce regard. Et elle pensa tout à coup qu'il serait bon d'appuyer ce front douloureux contre son épaule, et de lui dire tout ce qui la tourmentait… et d'entendre aussi ce qu'il avait à lui dire.
Non! pas ce soir, elle souffrait trop, ses idées s'égaraient un peu. Mais demain… il fallait que tout fût éclairci, elle avait l'intuition que, maintenant, Elie tiendrait à s'expliquer.
— Bonsoir, Elie! dit-elle faiblement.
Il se pencha, baisa longuement les deux petits mains qui frémissaient entre les siennes. Et quand il se redressa, leurs regards se rencontrèrent.
— A demain, dit-il doucement.
Elle répéta: "A demain", en dégageant lentement ses mains. Et son regard voilé par la souffrance s'éclaira une seconde à la flamme ardente des yeux d'Elie.
XIX
Valderez, assise près d'une des fenêtres du salon qui précédait sa chambre, songeait, les yeux fixés sur les frondaisons brunissantes des arbres du parc, qui, là-bas, se montraient à la limite des jardins.
Le malaise de cette nuit ne laissait d'autre trace qu'un peu de fatigue. M. de Ghiliac, en venant voir sa femme ce matin, avait tenu cependant à ce qu'elle restât déjeuner chez elle, afin de se reposer complètement. Et cet homme si froidement personnel, selon Mme de Ghiliac et Mme de Brayles, ce mari qui laissait là avec tant de désinvolture sa première femme malade était demeuré longuement près de Valderez, la distrayant par sa causerie, s'informant de tout ce qu'elle pouvait désirer et donnant lui-même ses instructions au chef afin que lui fût servi un repas à la fois léger et reconstituant.
Aucune allusion n'avait été faite à ce qui s'était passé dans le petit salon de la Voglerie. Valderez était certaine cependant que son mari avait deviné quelque chose, et qu'il lui demanderait des explications à ce sujet. C'était son droit, c'était son devoir, et elle était prête à les lui donner.