— Mais certainement, mademoiselle! répondit-il en se levant aussitôt.

Valderez jeta sur sa tête une capeline de drap brun, et le précéda vers le jardin. Dans l'allée principale, ils marchèrent l'un près de l'autre. Valderez, toujours en proie à cette insurmontable timidité, ne trouvait pas un mot à dire à ce fiancé si élégamment correct, si froidement courtois. Mais Elie de Ghiliac n'était pas homme à se laisser embarrasser, en quelque circonstance que ce fût. Il se mit à questionner Valderez sur les coutumes du pays, et la jeune fille, dominant sa gêne, lui répondit avec simplicité, dévoilant ainsi une intelligence très fine, très pénétrante, beaucoup plus cultivée que ne l'avait pensé probablement M. de Ghiliac, car il dit tout à coup, d'un ton où passait un peu de surprise:

— Je croyais que vous n'aviez jamais quitté ce petit coin de province, mademoiselle? Cependant, vous paraissez fort instruite…

— J'ai été élevée jusqu'à seize ans chez les Bénédictines de Saint-Jean, tout près d'ici, où les études sont poussées très fortement sous l'impulsion d'une abbesse remarquablement douée. Ici, dans mes rares moments de loisir, je travaillais encore… Mais il ne faudrait pas penser trouver en moi l'instruction moderne, si étendue, si variée, ajouta-t-elle avec un sourire, — sourire timide et délicieux, qui communiquait à sa physionomie un charme inexprimable.

— Oh! je n'y tiens pas, je vous assure! dit-il avec quelque vivacité. On bourre nos jeunes filles modernes de connaissances de toutes sortes, mais, bien souvent, que leur en reste-t-il?

Ils atteignaient la base de la terrasse. Lentement, ils gravirent les marches. La neige gelée craquait sous leurs pas. Elie s'accouda à la balustrade de pierre effritée et contempla longuement la vallée toute blanche, les sapinières couvertes de leur parure immaculée, les pentes rocheuses entre lesquelles se creusaient de profonds abîmes. Cette vue était d'une beauté austère, sous le pâle rayon de soleil qui jetait sur la neige de grandes taches étincelantes, et, des branches de pins abondamment poudrées, faisait jaillir des lueurs argentées.

— Ce pays est magnifique, mais d'aspect sévère, dit M. de Ghiliac en se tournant vers Valderez. L'existence doit être assez triste pour vous, ici?

— Je n'ai jamais eu le temps de m'en apercevoir. D'ailleurs, j'aime beaucoup mon pays, et la campagne, même en hiver, a pour moi un très grand charme.

— Arnelles vous plaira, en ce cas. Ce château est admirablement situé dans la plus jolie partie de l'Anjou; les environs en sont charmants. Vous pourrez y avoir quelques relations agréables. Les distractions mondaines vous font-elles envie?

Il adressait cette question presque à brûle-pourpoint.