Ils ne paraissaient pas douter que Valderez ne réussît à faire revenir son mari sur sa décision. Devant leurs instances, devant les larmes qu'elle vit dans les yeux de la mère, elle céda et promit, — bien qu'il lui en coûtât extrêmement de faire cette démarche qu'elle savait d'ailleurs par avance vouée à l'insuccès. M. de Ghiliac n'était certainement pas accessible à la pitié, ses décisions restaient toujours sans appel, et, de plus, il était inadmissible qu'un homme qui tenait tant à voir autour de lui l'harmonie et la beauté, acceptât ce pauvre être disgracié et minable.
Mais enfin, elle avait promis, il fallait tenir. Et la lettre d'Alice servirait d'introduction.
Elle se dirigea vers le cabinet de travail d'Elie, qui communiquait par un escalier particulier avec son appartement du premier étage. Elle n'était pas venue encore dans cette partie du château, et, un peu au hasard, elle frappa à une porte.
Sur un bref "entrez!", elle ouvrit et se trouva au seuil d'une pièce d'imposantes dimensions, décorée et meublée dans le style du plus pur seizième siècle. Des fleurs étaient disposées partout et exhalaient une senteur capiteuse qui se mêlait au parfum préféré de M. de Ghiliac et à l'odeur d'un fin tabac turc.
Elie, nonchalamment étendu sur une sorte de divan bas, fumait, les yeux fixés sur le plafond admirablement peint, aux angles duquel se voyaient les armes de sa famille. Il n'avait pas tourné la tête et sursauta un peu quand une voix timide dit près de lui:
— Pardon, Elie!…
Il se leva d'un mouvement si vif que le négrillon, qui somnolait sur le tapis, laissa échapper un gémissement d'effroi.
— Je vous demande pardon! Je croyais que c'était mon valet de chambre.
— Je regrette de vous déranger… mais je désirerais vous parler…
L'atmosphère chaude et saturée de parfums faisait monter soudainement aux joues de Valderez une rougeur brûlante. Et puis, il était si pénible de "lui" demander quelque chose!