Quelques jours auparavant, il était entré inopinément dans le salon blanc, au moment où l'enfant nerveuse et facilement irritable se trouvait en proie à une de ces crises de colère assez fréquentes chez elle, et que Valderez n'arrivait à calmer qu'avec beaucoup de raisonnement et de patience. A l'entrée de son père, elle cessa aussitôt ses trépignements, et, toute tremblante, les yeux baissés, écouta la voix froidement irritée qui la condamnait à une privation de dessert et de promenade en voiture pour toute la semaine.

— Quelle influence vous avez sur cette enfant qui vous aime si profondément! dit Valderez à son mari lorsque la petite fille se fut éloignée.

D'un ton de surprise sincère, il répliqua:

— Elle m'aime, moi? Vous m'étonnez, car je n'ai rien fait, je l'avoue franchement, pour obtenir ce résultat.

— Elle s'en est bien aperçue, pauvre petite! Et elle en souffre tant!

Il ne parut pas accorder d'attention à ces derniers mots et orienta la conversation sur un autre terrain. Fallait-il penser cependant qu'il avait réfléchi, et un peu compris ses torts envers l'enfant.

En approchant de Valderez, il se découvrit, et dit en souriant:

— Voilà une petite fille que je viens de rencontrer dans le parc et d'enlever à miss Ebville. J'avais à lui faire certaine communication secrète dont elle se souviendra, je l'espère. Allons, Guillemette, descendons.

Il tendit la petite fille à Valderez et mit lui-même pied à terre. Tenant son cheval par la bride, il revint vers le château près de sa femme et de sa fille, en causant des hôtes attendus, après qu'il se fut informé avec sa courtoisie accoutumée de la santé de Valderez.

Quand Guillemette se trouva seule avec sa belle-mère, elle se jeta dans ses bras, riant et pleurant à la fois.