Elle marchait lentement, les yeux fixés droit devant elle, l'esprit tout occupé de ses tristes pensées. Un bruit de pas derrière elle lui fit pourtant tourner la tête. C'était Varvara enveloppée dans sa pelisse fourrée.

— Vous vous promenez, princesse? dit-elle en serrant la main que lui tendait la jeune femme. Moi, je vais voir une pauvre famille misérable, tout près d'ici.

— Vous vous occupez des pauvres?

— Un peu, oui, autant que me le permettent mes faibles moyens.

— Je voudrais bien le faire aussi! dit Lise avec un soupir. Mais je crois bien inutile d'y songer.

— Oh! certainement! le prince Ormanoff ne vous le permettrait jamais. Il ne se soucie guère des malheureux, du reste… Ceux que je vais visiter ont été jetés dans la misère par ses ordres, pour une peccadille.

Le coeur de Lise eut un sursaut d'indignation. Ah! comme elle le connaissait bien là!

Lentement, Varvara se remettait en marche, et elle la suivait, écoutant la voix apitoyée qui disait avec une pathétique émotion les souffrances de ces pauvres gens…

— Mais je vais trop loin! dit-elle tout à coup. Il faut que je retourne…

— Ne voulez-vous pas venir jusque chez ces malheureux? C'est si près maintenant! Et ce serait une telle consolation pour eux!