— Si, c'est vrai… Oh! j'ai eu de la peine à ne pas parler!…
Il balbutia encore quelques mots indistincts, puis se tut. Sa langue semblait lui refuser tout à coup le service.
Varvara entra à ce moment, et, tout en jetant un coup d'oeil de côté sur le visage bouleversé de la jeune femme, se pencha sur Ivan dont elle essuya le front moite.
— Reposez-vous, Ivan. Vous avez tenu à parler, malgré la défense du docteur Vaguédine, mais c'est assez, c'est trop.
Lise, incapable de prononcer une parole, sortit de la pièce et se réfugia dans sa chambre. Là, glacée d'horreur, elle se jeta à genoux devant son crucifix.
Etait-il possible que cette chose épouvantable fût vraie?… Que sa belle-mère?…
Oh! non, non, cet homme avait menti, ou plutôt sa raison s'égarait!… Oui, c'était cela certainement! Les ravages produits par la congestion le faisaient divaguer…
Et d'ailleurs, elle avait un moyen bien simple de savoir la vérité: c'était d'aller trouver le prince Ormanoff et de lui rapporter les paroles du sommelier.
— Dès les premiers mots, il me dira que je suis folle d'y avoir accordé seulement un instant d'attention! pensa-t-elle.
Elle se leva… Mais alors, mille faits jusque-là insignifiants pour elle surgirent à sa mémoire: l'émoi de Mme de Subrans à l'apparition du prince Ormanoff à la chasse des Cérigny, l'attitude si froide, tout juste polie de Serge, la gêne extrême que semblait éprouver devant lui sa cousine… Elle avait un peu en ces moments-là l'attitude d'une coupable…