Danielle et son cousin tressaillirent douloureusement, et leur regard compatissant se posa sur le beau visage si étrangement calme.

—Notre vie ne nous appartient pas, et nous avons le devoir de la conserver autant que nous le pouvons, dit gravement le jeune avocat. Mais, Michel, tu n'as pas remercié Mademoiselle.

Il se tournait vers l'enfant qui demeurait assis sur l'herbe, ses beaux yeux fixés sur Isabelle. Le petit était fort paisible, et, très évidemment, ne s'était pas ému du danger couru par lui… Mais en voyant M. Arlys se pencher vers lui en lui tendant la main, il se leva et le suivit sans hésiter près de la jeune fille. Les belles prunelles violettes d'Isabelle l'enveloppèrent d'un regard attendri.

—Dis merci à Mademoiselle et demande-lui la permission de l'embrasser, ordonna doucement Danielle.

Deux petits bras se nouèrent aussitôt autour du cou d'Isabelle et le charmant visage de Michel se trouva près des lèvres de la jeune fille, qui s'y posèrent tendrement. Une claire petite voix criait en même temps un "merci" retentissant—relativement à la taille de Michel.

—Qu'il est gentil! murmura Isabelle dont la pâle physionomie s'était soudainement éclairée.

—Oui, quand il ne désobéit pas, comme tout à l'heure, dit M. Arlys en enlevant Michel entre ses bras. Mais ne partons-nous pas, Danielle?

L'émotion de sa chute, sa blessure, jointes à son habituel état de langueur, rendaient Isabelle faible et brisée. Pour un instant, le corps avait raison de l'énergie indomptable—et insoupçonnée—de cette âme de jeune fille… car, en un autre temps, elle n'eût jamais accepté de se rendre dans une maison étrangère sans l'autorisation de Madame Norand… Et voici que maintenant, sans avoir eu la pensée de résister, elle se trouvait appuyée au bras de M. Arlys qui la soutenait fortement. A sa gauche marchait Danielle, portant le dernier bébé; devant couraient Henriette et les enfants, envoyés pour prévenir à la Verderaye.

Isabelle entra dans cette demeure étrangère par la porte familiale—une étroite petite porte pratiquée dans la palissade, sur le sentier du torrent. Dans le jardin, le monsieur aux cheveux gris, entrevu un matin sur la terrasse, s'avançait en compagnie d'une jeune personne grande et forte comme Danielle… Et, en la voyant approcher, Isabelle constata qu'elle lui ressemblait également de visage. Elle avait les mêmes traits un peu forts, les mêmes beaux yeux noirs, rayonnants de bonté et de franchise, et aussi une épaisse chevelure châtain foncé. Mais Danielle possédait de fraîches couleurs, annonçant une santé vigoureuse, elle semblait vive et gaie, et quelques noeuds mauves éclaircissaient sa simple robe de laine grise… La jeune personne qui s'avançait avait des noeuds noirs, un visage pâle, déjà marqué de quelques rides, et une gravité mélancolique dans son beau regard pénétrant.

—Mon père… Antoinette, ma soeur aînée, dit la voix claire de
Danielle.