—Oui, vous saurez souffrir… mais enfin, n'aurez-vous pas aussi un peu de bonheur! Les joies de l'enfance, la tendresse d'une mère, les consolations de la religion vous ont manqué jusqu'ici; il semblerait qu'un rayon de félicité, encouragement divin, doive un jour illuminer votre vie… Mais, Mademoiselle, vous allez être absolument transpercée! Entrons dans la chapelle! s'écria-t-il tout à coup.

De larges gouttes de pluie, d'abord espacées, tombaient depuis un instant sans qu'ils s'en aperçussent. Mais maintenant c'était l'averse torrentielle, projetée avec violence par les rafales qui faisaient rage… Isabelle et Gabriel s'élancèrent vers la chapelle dont le jeune homme ouvrit avec quelque difficulté la porte aux ferrures rouillées.

Un pas précipité se faisait entendre dans le sentier proche de la chapelle, et, au moment où les jeunes gens s'engouffraient dans le petit temple, quelqu'un les rejoignait avec une exclamation de surprise joyeuse… Gabriel se détourna, et lui aussi laissa échapper un cri de stupeur.

—Monsieur Marnel!

—Oui, moi-même! dit l'écrivain en se secouant vigoureusement. Moi-même qui suis à la recherche de cette pauvre fugitive… Je l'ai entendue partir, j'ai soupçonné son dessein, et, le temps de décrocher mon manteau, me voilà parti à travers la lande. Je me suis trompé de sentier, je me suis trouvé retardé… et cependant je tremblais…

—Pourquoi donc? demanda Isabelle en posant sur lui ses grands yeux tristes.

Il ne parut pas avoir entendu et se mit en devoir d'enlever son vêtement ruisselant. Mais Isabelle dit avec une calme mélancolie:

—Vous aviez sans doute la même idée que M. Arlys lorsqu'il m'a vue là-bas, au bord du torrent?… Vous craigniez de ma part un instant de désespoir, Monsieur Marnel?

—Eh bien! oui, je l'avoue, ma chère enfant! dit-il résolument. La secousse a été rude pour vous, et vous êtes une convertie de fraîche date. J'ai eu peur… Pardonnez-moi, men enfant.

Elle lui tendit sa petite main glacée.