On vint à parler de la vicomtesse de Soliers, que le prince avait à peu près certainement sauvée d'un accident. Il dit avec un léger mouvement d'épaules:

—Ces jeunes femmes ne doutent de rien? La vicomtesse avait choisi un cheval difficile, par pose, probablement. Ce sont là des imprudences qui peuvent entraîner les plus graves conséquences, non seulement pour soi-même, mais encore pour autrui.

—Madame de Soliers est cependant une femme fort intelligente, dit la comtesse Gisèle.

—Oui, assez, je crois. Elle a surtout l'esprit vif et piquant, elle cause bien. Avec cela, très musicienne, douée d'une jolie voix, assez expressive. C'est une personne agréable… pour ceux qui apprécient les femmes mondaines. Nous aurons sans doute sa visite et celle de son père, cet été. Ils doivent faire un voyage en Autriche et pousser jusqu'ici… pour me remercier encore, disent-ils. Ils m'ont déjà accablé de témoignages de reconnaissance dont je suis réellement confus.

Mais ce n'était rien moins que de la confusion qui s'exprimait dans son regard. Un observateur y eut découvert une forte dose d'amusement railleur… Et il accueillit par un sourire énigmatique cette réflexion de Terka:

—Ils vous doivent bien cette reconnaissance, Arpad, après l'immense service que vous leur avez rendu, et je crois qu'ils ne peuvent faire trop pour vous la prouver.

—En effet, la reconnaissance est une grande vertu, et ce n'est pas moi qui voudrais en détourner qui que ce soit, car mon âme en est profondément pénétrée, dit-il avec une soudaine gravité.

En prononçant ces mots, il regardait sa cousine. Une teinte rose couvrit le teint si blanc, si délicatement satiné de Myrtô, ses longs cils s'abaissèrent, voilant son regard confus. Elle ne vit pas le coup d'oeil malveillant que lui lançait Irène… Mais quelqu'un l'intercepta. Le prince Milcza devait être maintenant au courant des sentiments de sa soeur pour sa cousine Myrtô.

Les sourcils soudain froncés, il demeura quelques instants silencieux, et lorsqu'il lui arriva, dans la soirée, d'adresser la parole à Irène, sa voix reprit pour elle la dureté, son regard, la glaciale froideur d'autrefois.

CHAPITRE XIV