«Ce troisième, me dit-il, est un intendant de grande maison. Il était devenu amoureux d'une pâtissière de la rue de l'Université. Le pâtissier était un bon homme qui regardait de plus près à son four qu'à la conduite de sa femme. Si ce n'était pas sa jalousie, c'était son assiduité qui gênait nos deux amants. Que firent-ils pour se délivrer de cette contrainte? L'intendant présenta à son maître un placet où le pâtissier était traduit comme un homme de mauvaises mœurs, un ivrogne qui ne sortait pas de la taverne, un brutal qui battait sa femme, la plus honnête et la plus malheureuse des femmes. Sur ce placet il obtint une lettre de cachet, et cette lettre de cachet, qui disposait de la liberté du mari, fut mise entre les mains d'un exempt, pour l'exécuter sans délai. Il arriva par hasard que cet exempt était l'ami du pâtissier. Ils allaient de temps en temps chez le marchand de vin; le pâtissier fournissait les petits pâtés, l'exempt payait la bouteille. Celui-ci, muni de la lettre de cachet, passe devant la porte du pâtissier, et lui fait le signe convenu. Les voilà tous les deux occupés à manger et à arroser les petits pâtés; et l'exempt demandant à son camarade comment allait son commerce?
«Fort bien.
«—S'il n'avait aucune mauvaise affaire?
«—Aucune.
«—S'il n'avait point d'ennemis?
«—Il ne s'en connaissait pas.
«—Comment il vivait avec ses parents, ses voisins, sa femme?
«—En amitié et en paix.
«—D'où peut donc venir, ajouta l'exempt, l'ordre que j'ai de t'arrêter? Si je faisais mon devoir, je te mettrais la main sur le collet, il y aurait là un carrosse tout près, et je te conduirais au lieu prescrit par cette lettre de cachet. Tiens, lis...»
«Le pâtissier lut et pâlit. L'exempt lui dit: «Rassure-toi, avisons seulement ensemble à ce que nous avons de mieux à faire pour ma sûreté et pour la tienne. Qui est-ce qui fréquente chez toi?