JACQUES.
Ce valet s'approche de mon lit, et me dit: «Allons, camarade, debout, habillez-vous et partons.» Je lui répondis d'entre les draps et la couverture dont j'avais la tête enveloppée, sans le voir, sans en être vu: «Camarade, laissez-moi dormir et partez.» Le valet me réplique qu'il a des ordres de son maître, et qu'il faut qu'il les exécute.
«Et votre maître qui ordonne d'un homme qu'il ne connaît pas, a-t-il ordonné de payer ce que je dois ici?
—C'est une affaire faite. Dépêchez-vous, tout le monde vous attend au château, où je vous réponds que vous serez mieux qu'ici, si la suite répond à la curiosité qu'on a de vous voir.»
Je me laisse persuader; je me lève, je m'habille, on me prend sous les bras. J'avais fait mes adieux à la doctoresse, et j'allais monter en carrosse, lorsque cette femme, s'approchant de moi, me tire par la manche, et me prie de passer dans un coin de la chambre, qu'elle avait un mot à me dire. «Là, notre ami, ajouta-t-elle, vous n'avez point, je crois, à vous plaindre de nous; le docteur vous a sauvé une jambe, moi, je vous ai bien soigné, et j'espère qu'au château vous ne nous oublierez pas.
—Qu'y pourrais-je pour vous?
—Demander que ce fût mon mari qui vînt pour vous y panser; il y a du monde là! C'est la meilleure pratique du canton; le seigneur est un homme généreux, on en est grassement payé; il ne tiendrait qu'à vous de faire notre fortune. Mon mari a bien tenté à plusieurs reprises de s'y fourrer, mais inutilement.
—Mais, madame la doctoresse, n'y a-t-il pas un chirurgien du château?
—Assurément!
—Et si cet autre était votre mari, seriez-vous bien aise qu'on le desservît et qu'il fût expulsé?