«Où vas-tu?
—Laissez-moi faire.
—Où vas-tu? te dis-je.
—Mettre à la raison cette canaille.
—Sais-tu qu'ils sont une douzaine?
—Fussent-ils cent, le nombre n'y fait rien, s'il est écrit là-haut qu'ils ne sont pas assez.
—Que le diable t'emporte avec ton impertinent dicton!...»
Jacques s'échappe des mains de son maître, entre dans la chambre de ces coupe-jarrets, un pistolet armé dans chaque main. «Vite, qu'on se couche, leur dit-il, le premier qui remue je lui brûle la cervelle...» Jacques avait l'air et le ton si vrais, que ces coquins, qui prisaient autant la vie que d'honnêtes gens, se lèvent de table sans souffler le mot, se déshabillent et se couchent. Son maître, incertain sur la manière dont cette aventure finirait, l'attendait en tremblant. Jacques rentra chargé des dépouilles de ces gens; il s'en était emparé pour qu'ils ne fussent pas tentés de se relever; il avait éteint leur lumière et fermé à double tour leur porte, dont il tenait la clef avec un de ses pistolets. «À présent, monsieur, dit-il à son maître, nous n'avons plus qu'à nous barricader en poussant nos lits contre cette porte, et à dormir paisiblement...» Et il se mit en devoir de pousser les lits, racontant froidement et succinctement à son maître le détail de cette expédition.
LE MAÎTRE.
Jacques, quel diable d'homme es-tu! Tu crois donc...