LE MARQUIS.
Quand la reverrai-je?
MADAME DE LA POMMERAYE.
Je n'en sais rien. Il faut s'occuper premièrement du moyen d'arranger la chose, et d'éviter tout soupçon. Elles ne peuvent ignorer vos vues; voyez la couleur que ma complaisance aurait à leurs yeux, si elles s'imaginaient que j'agis de concert avec vous... Mais, marquis; entre nous, qu'ai-je besoin de cet embarras-là? Que m'importe que vous aimiez, que vous n'aimiez pas? que vous extravaguiez? Démêlez votre fusée vous-même. Le rôle que vous me faites faire est aussi trop singulier.
LE MARQUIS.
Mon amie, si vous m'abandonnez, je suis perdu! Je ne vous parlerai point de moi, puisque je vous offenserais; mais je vous conjurerai par ces intéressantes et dignes créatures qui vous sont si chères; vous me connaissez, épargnez-leur toutes les folies dont je suis capable. J'irai chez elles; oui, j'irai, je vous en préviens; je forcerai leur porte, j'entrerai malgré elles, je m'asseyerai, je ne sais ce que je dirai, ce que je ferai; car que n'avez-vous point à craindre de l'état violent où je suis?...»
Vous remarquerez, messieurs, dit l'hôtesse, que depuis le commencement de cette aventure jusqu'à ce moment, le marquis des Arcis n'avait pas dit un mot qui ne fût un coup de poignard dirigé au cœur de Mme de La Pommeraye. Elle étouffait d'indignation et de rage; aussi répondit-elle au marquis, d'une voix tremblante et entrecoupée:
Mais vous avez raison. Ah! si j'avais été aimée comme cela, peut-être que... Passons là-dessus... Ce n'est pas pour vous que j'agirai, mais je me flatte du moins, monsieur le marquis, que vous me donnerez du temps.
LE MARQUIS.
Le moins, le moins que je pourrai.