Jacques expliqua la chose à l'hôtesse. L'hôtesse, après avoir entendu, leur dit: Messieurs, voulez-vous m'accepter pour arbitre?
JACQUES ET SON MAÎTRE, tous les deux à la fois.
Très-volontiers, très-volontiers, notre hôtesse.
L'HÔTESSE.
Et vous vous engagez d'honneur à exécuter ma sentence?
JACQUES ET SON MAÎTRE.
D'honneur, d'honneur...
Alors l'hôtesse s'asseyant sur la table, et prenant le ton et le maintien d'un grave magistrat, dit:
«Ouï la déclaration de monsieur Jacques, et d'après des faits tendant à prouver que son maître est un bon, un très-bon, un trop bon maître; et que Jacques n'est point un mauvais serviteur, quoiqu'un peu sujet à confondre la possession absolue et inamovible avec la concession passagère et gratuite, j'annule l'égalité qui s'est établie entre eux par laps de temps, et la recrée sur-le-champ. Jacques descendra, et quand il aura descendu, il remontera: il rentrera dans toutes les prérogatives dont il a joui jusqu'à ce jour. Son maître lui tendra la main, et lui dira d'amitié: «Bonjour, Jacques, je suis bien aise de vous revoir...» Jacques lui répondra: «Et moi, monsieur, je suis enchanté de vous retrouver...» Et je défends qu'il soit jamais question entre eux de cette affaire, et que la prérogative de maître et de serviteur soit agitée à l'avenir. Voulons que l'un ordonne et que l'autre obéisse, chacun de son mieux; et qu'il soit laissé, entre ce que l'un peut et ce que l'autre doit, la même obscurité que ci-devant.»
En achevant ce prononcé, qu'elle avait pillé dans quelque ouvrage du temps, publié à l'occasion d'une querelle toute pareille, et où l'on avait entendu, de l'une des extrémités du royaume à l'autre, le maître crier à son serviteur: «Tu descendras!» et le serviteur crier de son côté: «Je ne descendrai pas!» allons, dit-elle à Jacques, vous, donnez-moi le bras sans parlementer davantage...