Nous voilà chez Merval, où sa marchande nous avait précédés avec ses marchandises. Mlle Bridoie (c'est son nom) nous accabla de politesses et de révérences, et nous étala des étoffes, des toiles, des dentelles, des bagues, des diamants, des boîtes d'or. Nous prîmes de tout. Ce furent Le Brun, Mathieu de Fourgeot et le chevalier, qui mirent le prix aux choses; et c'est Merval qui tenait la plume. Le total se monta à dix-neuf mille sept cent soixante et quinze livres, dont j'allais faire mon billet, lorsque Mlle Bridoie me dit, en faisant une révérence (car elle ne s'adressait jamais à personne sans le révérencier): «Monsieur, votre dessein est de payer vos billets à leurs échéances?
—Assurément, lui répondis-je.
—En ce cas, me répliqua-t-elle, il vous est indifférent de me faire des billets ou des lettres de change.»
Le mot de lettre de change me fit pâlir. Le chevalier s'en aperçut, et dit à Mlle Bridoie: «Des lettres de change, mademoiselle! mais ces lettres de change courront, et l'on ne sait en quelles mains elles pourraient aller.
—Vous vous moquez, monsieur le chevalier; on sait un peu les égards dus aux personnes de votre rang...» Et puis une révérence... «On tient ces papiers-là dans son portefeuille; on ne les produit qu'à temps. Tenez, voyez...» Et puis une révérence... Elle tire son portefeuille de sa poche; elle lit une multitude de noms de tout état et de toutes conditions. Le chevalier s'était approché de moi, et me disait: «Des lettres de change! cela est diablement sérieux! Vois ce que tu veux faire. Cette femme me paraît honnête, et puis, avant l'échéance, tu seras en fonds ou j'y serai.»
JACQUES.
Et vous signâtes les lettres de change?
LE MAÎTRE.
Il est vrai.
JACQUES.