—Et où irez-vous pour être mieux?
—Je ne sais où j'irai; mais on n'est mal qu'où Dieu ne nous veut point: et Dieu ne me veut point ici.
—Vous n'avez rien.
—Il est vrai; mais l'indigence n'est pas ce que je crains le plus.
—Craignez les désordres auxquels elle entraîne.
—Le passé me répond de l'avenir; si j'avais voulu écouter le crime, je serais libre. Mais s'il me convient de sortir de cette maison, ce sera, ou de votre consentement, ou par l'autorité des lois. Vous pouvez opter...»
Cette conversation avait duré. En me la rappelant, je rougis des choses indiscrètes et ridicules que j'avais faites et dites; mais il était trop tard. La supérieure en était encore à ses exclamations «que dira le monde! que diront nos sœurs!» lorsque la cloche qui nous appelait à l'office vint nous séparer. Elle me dit en me quittant:
«Sœur Sainte-Suzanne, vous allez à l'église; demandez à Dieu qu'il vous touche et qu'il vous rende l'esprit de votre état; interrogez votre conscience, et croyez ce qu'elle vous dira: il est impossible qu'elle ne vous fasse des reproches. Je vous dispense du chant.»
Nous descendîmes presque ensemble. L'office s'acheva: à la fin de l'office, lorsque toutes les sœurs étaient sur le point de se séparer, elle frappa sur son bréviaire et les arrêta.
«Mes sœurs, leur dit-elle, je vous invite à vous jeter au pied des autels, et à implorer la miséricorde de Dieu sur une religieuse qu'il a abandonnée, qui a perdu le goût et l'esprit de la religion, et qui est sur le point de se porter à une action sacrilége aux yeux de Dieu, et honteuse aux yeux des hommes.»