—On ne songe pas encore à moi; mais le passé m'apprend ce que l'avenir me prépare. Je n'ai qu'une consolation, c'est que, privée de l'espérance qui me soutenait, il est impossible que je souffre autant que j'ai déjà souffert; je mourrai. La faute que j'ai commise n'est pas de celles qu'on pardonne en religion. Je ne demande point à Dieu d'amollir le cœur de celles à la discrétion desquelles il lui plaît de m'abandonner, mais de m'accorder la force de souffrir, de me sauver du désespoir, et de m'appeler à lui promptement.
—Madame, me dit-il en pleurant, vous auriez été ma propre sœur que je n'aurais pas mieux fait...»
Cet homme a le cœur sensible.
«Madame, ajouta-t-il, si je puis vous être utile à quelque chose, disposez de moi. Je verrai le premier président, j'en suis considéré; je verrai les grands vicaires et l'archevêque.
—Monsieur, ne voyez personne, tout est fini.
—Mais si l'on pouvait vous faire changer de maison?
—Il y a trop d'obstacles.
—Mais quels sont donc ces obstacles?
—Une permission difficile à obtenir, une dot nouvelle à faire ou l'ancienne à retirer de cette maison; et puis, que trouverai-je dans un autre couvent? Mon cœur inflexible, des supérieures impitoyables, des religieuses qui ne seront pas meilleures qu'ici, les mêmes devoirs, les mêmes peines. Il vaut mieux que j'achève ici mes jours; ils y seront plus courts.
—Mais, madame, vous avez intéressé beaucoup d'honnêtes gens, la plupart sont opulents: on ne vous arrêtera pas ici, quand vous sortirez sans rien emporter.