—J'ai le sommeil assez paisible.

—Que vous êtes heureuse!

—Chère mère, vous continuerez de vous refroidir.

—Vous avez raison; adieu, belle amie, adieu, je m'en vais.»

Cependant elle ne s'en allait point, elle continuait à me regarder; deux larmes coulèrent de ses yeux. «Chère mère, lui dis-je, qu'avez-vous? vous pleurez; que je suis fâchée de vous avoir entretenue de mes peines!...» À l'instant elle ferma ma porte, elle éteignit sa bougie, et elle se précipita sur moi. Elle me tenait embrassée; elle était couchée sur ma couverture à côté de moi; son visage était collé sur le mien, ses larmes mouillaient mes joues; elle soupirait, et elle me disait d'une voix plaintive et entrecoupée: «Chère amie, ayez pitié de moi!

—Chère mère, lui dis-je, qu'avez-vous? Est-ce que vous vous trouvez mal? Que faut-il que je fasse?

—Je tremble, me dit-elle, je frissonne; un froid mortel s'est répandu sur moi.

—Voulez-vous que je me lève et que je vous cède mon lit?

—Non, me dit-elle, il ne serait pas nécessaire que vous vous levassiez; écartez seulement un peu la couverture, que je m'approche de vous; que je me réchauffe, et que je guérisse.

—Chère mère, lui dis-je, mais cela est défendu. Que dirait-on si on le savait? J'ai vu mettre en pénitence des religieuses, pour des choses beaucoup moins graves. Il arriva dans le couvent de Sainte-Marie à une religieuse d'aller la nuit dans la cellule d'une autre, c'était sa bonne amie, et je ne saurais vous dire tout le mal qu'on en pensait. Le directeur m'a demandé quelquefois si l'on ne m'avait jamais proposé de venir dormir à côté de moi, et il m'a sérieusement recommandé de ne le pas souffrir. Je lui ai même parlé des caresses que vous me faisiez; je les trouve très-innocentes, mais lui, il ne pense point ainsi; je ne sais comment j'ai oublié ses conseils; je m'étais bien proposé de vous en parler.