MOI. — Je parle mal. Je ne sais que dire la vérité; et cela ne prend pas toujours, comme vous savez.

LUI. — Mais ce n'est pas pour dire la vérité; au contraire, c'est pour bien dire le mensonge que j'ambitionne votre talent. Si je savais écrire; fagoter un livre, tourner une épître dédicatoire, bien enivrer un sot de son mérite; m'insinuer auprès des femmes.

MOI. — Et tout cela, vous le savez mille fois mieux que moi. Je ne serais pas même digne d'être votre écolier.

LUI. — Combien de grandes qualités perdues, et dont vous ignorez le prix!

MOI. — Je recueille tout celui que j'y mets.

LUI. — Si cela était, vous n'auriez pas cet habit grossier, cette veste d'étamine, ces bas de laine, ces souliers épais, et cette antique perruque.

MOI. — D'accord. Il faut être bien maladroit, quand on n'est pas riche, et que l'on se permet tout pour le devenir. Mais c'est qu'il y a des gens comme moi qui ne regardent pas la richesse, comme la chose du monde la plus précieuse; gens bizarres.

LUI. — Très bizarres. On ne naît pas avec cette tournure-là. On se la donne; car elle n'est pas dans la nature.

MOI. — De l'homme?

LUI. — De l'homme. Tout ce qui vit, sans l'en excepter, cherche son bien-être aux dépens de qui il appartiendra; et je suis sûr que, si je laissais venir le petit sauvage, sans lui parler de rien: il voudrait être richement vêtu, splendidement nourri, chéri des hommes, aimé des femmes, et rassembler sur lui tous les bonheurs de la vie.