«Emporté par son enthousiasme, il chanterait encore; mais l'âne, qui avait déjà bâillé plusieurs fois, l'arrêta et lui dit: «Je me doute que tout ce que vous avez chanté là est fort beau, mais je n'y entends rien; cela me paraît bizarre, brouillé, décousu. Vous êtes peut-être plus savant que votre rival, mais il est plus méthodique que vous, et je suis, moi, pour la méthode.»
Et l'abbé, s'adressant à M. Le Roy, et montrant Grimm du doigt: « Voilà, dit-il, le rossignol, et vous êtes le coucou, et moi je suis l'âne qui vous donne gain de cause. Bonsoir.»
Les contes de l'abbé sont bons, mais il les joue supérieurement. On n'y tient pas. Vous auriez trop ri de lui voir tendre son cou en l'air, et faire la petite voix pour le rossignol, se rengorger et prendre le ton rauque pour le coucou; redresser ses oreilles, et imiter la gravité bête et lourde de l'âne; et tout cela naturellement et sans y tâcher. C'est qu'il est pantomime depuis la tête jusqu'aux pieds.
M. Le Roy prit le parti de louer la fable et d'en rire.
À propos du chant des oiseaux, on demanda ce qui avait fait dire aux anciens que le cygne, qui a le cri nasillard et rauque, chantait mélodieusement en mourant.
Je répondis que peut-être le cygne était le symbole de l'homme qui parle toujours au dernier moment, et j'ajoutai que si j'avais jamais à mettre en vers les dernières paroles d'un orateur, d'un poëte, d'un législateur, j'intitulerais ma pièce le chant du cygne.
La conversation en prit un tour un peu sérieux. On parla de l'horreur que nous avons tous pour l'anéantissement.
«Tous! s'écria le père Hoop; vous m'en excepterez, s'il vous plaît. Je m'en suis trop mal trouvé la première fois pour y revenir. On me donnerait l'immortalité bienheureuse pour un seul jour de purgatoire que je n'en voudrais pas: le mieux est de n'être plus.»
Cela me fit rêver, et il me sembla que tant que je serais en santé, je penserais comme le père Hoop; mais qu'au dernier instant peut-être achèterais-je le bonheur d'exister encore une fois de mille ans, de dix mille ans d'enfer. Ah! chère amie, nous nous retrouverions! je vous aimerais encore! je me persuaderais ce qu'une fille réussit à persuader à son père qui se mourait. C'était un vieil usurier; un prêtre lui avait juré qu'il serait damné, s'il ne restituait. Il y était résolu, et ayant fait appeler sa fille, il lui dit: «Mon enfant, tu as cru que je te laisserais fort riche, et tu l'aurais été en effet; mais voilà un homme qui va te ruiner; il prétend que je brûlerai dans l'enfer à jamais, si je meurs sans restituer.—Vous vous moquez, mon père, lui répliqua la fille, avec votre restitution et votre damnation; du caractère dont je vous connais, vous n'aurez pas été damné dix ans que vous y serez fait.»
Cela lui parut vrai, et il mourut sans restituer. Une fille se résoudra à damner son père, un père à l'être pour enrichir sa fille; et un amant passionné, un honnête homme s'en effraiera. N'est-il pas bien doux d'être, et de retrouver son père, sa mère, son amie, son ami, sa femme, ses enfants, tout ce que nous avons chéri, même en enfer!