S'imaginant qu'il pourrait avoir de ces gens des nouvelles de Vérité, il se laissa attraper, et fit bien. Il l'entendit nommer dès les premiers jours qu'il vécut avec eux; ils n'avaient qu'elle sur leurs lèvres; c'était leur divinité, et ils ne craignaient rien tant que de l'offenser; mais comme il y avait beaucoup plus de sentiment que de lumière dans le culte qu'ils lui rendaient, il conçut d'abord que les meilleurs amis de la fée n'étaient pas ceux qui connaissaient le mieux son séjour, et que ceux qui l'entouraient l'en entretiendraient tant qu'il voudrait, mais ne lui enseigneraient pas les moyens de la trouver. Il s'éloigna des bergers, enchanté de l'innocence de leur vie, de la simplicité de leurs mœurs, de la naïveté de leurs discours; et pensant qu'ils ne devaient peut-être tous ces avantages qu'au crépuscule éternel qui régnait sur leurs campagnes, et qui, confondant à leurs yeux les objets, les empêchait de leur attacher des valeurs imaginaires, ou du moins d'en exagérer la valeur réelle.
Ici la sultane poussa un léger soupir, et l'émir ayant cessé de parler, elle lui dit d'une voix faible:
«Continuez, je ne dors pas encore.»
LE PREMIER ÉMIR.
Chemin faisant, il se jeta dans une volière, dont les habitants l'accueillirent fort mal. Ils s'attroupent autour de lui, et remarquant dans son ramage et son plumage quelque différence avec les leurs, ils tombent sur lui à grands coups de bec, et le maltraitent cruellement. «Ô Vérité, s'écria-t-il alors, est-ce ainsi que l'on encourage et que l'on récompense ceux qui t'aiment, et qui s'occupent à te chercher?» Il se tira comme il put des pattes de ces oiseaux idiots et méchants, et comprit que la difficulté des chemins avait moins allongé son voyage que l'intolérance des passants...
L'émir en était là, incertain si la sultane veillait ou dormait; car on n'entendait entre ses rideaux que le bruit d'une respiration et d'une expiration alternatives. Pour s'en assurer, on fit signe à la chatouilleuse de suspendre sa fonction. Le silence de la sultane continuant, on en conclut qu'elle dormait, et chacun se retira sur la pointe du pied.
TROISIÈME SOIRÉE.
C'était une étiquette des soirées de la sultane, que le conteur de la veille ne poursuivait point le récit du lendemain. C'était donc au second émir à parler; ce qu'il fit après que la sultane eut remarqué que rien n'appelait le sommeil plus rapidement que le souvenir des premières années de la vie, ou la prière à Brama, ou les idées philosophiques.
«Si vous voulez que je dorme promptement, dit-elle au second émir, suivez les traces du premier émir, et faites-moi de la philosophie.»
LE SECOND ÉMIR.