LA SULTANE.

Émir, respectez le sultan; respectez-moi, et continuez.

LE PREMIER ÉMIR.

«Je me rendis dans son appartement à l'heure marquée; je crus la trouver seule. Point du tout, elle s'occupait à prendre une leçon d'anglais, qui avait déjà duré fort longtemps, et que ma présence n'abrégea point. Nous y serions encore tous les trois, si le maître d'anglais, qui ne manquait pas d'intelligence, n'eût eu pitié de moi. Mais il était écrit que mon supplice serait plus long. Trocilla me reçut comme un homme tombé des nues, me laissa debout, ne me dit presque pas un mot; et sans m'accorder le temps de lui parler, sonna et se fit apporter une vielle, dont elle se mit à jouer précisément comme quand on est seul, et qu'on s'ennuie.»

Ici le sultan ne put s'empêcher de rire; la sultane dit: «En effet, cette scène est assez ridicule.» Et l'émir reprit son récit.

LE PREMIER ÉMIR.

«Je lui laissai tâtonner une musette, un menuet; et elle allait commencer un maudit air à la mode, qui n'aurait point eu de fin, lorsque je pris la liberté de lui arrêter les mains.

«Ah! vous voilà, me dit-elle, et que faites-vous ici à l'heure qu'il est?

«—C'est par vos ordres, madame, lui répondis-je, que je m'y suis rendu; et il y a près de deux heures que j'attends que vous vous aperceviez que j'y suis...

«—Est-il bien vrai?...