La sultane dit à sa chatouilleuse: Retenez bien ce mouvement-là, c'est le vrai. Mademoiselle, voilà le brevet de votre pension; le sultan la doublera, à la condition qu'au sortir de chez moi vous irez lui rendre le même service; je ne m'y oppose point, mais point du tout... Voyez si cela vous convient... Second émir, à vous. Si je m'en souviens, voilà votre oiseau blanc traversant les airs, et s'éloignant d'autant plus vite, qu'il s'était flatté d'échapper à ses remords, en mettant un grand intervalle entre lui et les objets qui les causaient. Il était tard quand il partit; où arriva-t-il?
LE SECOND ÉMIR.
Chez l'empereur des Indes, qui prenait le frais dans ses jardins, et se promenait sur le soir avec ses femmes et ses eunuques. Il s'abattit sur le turban du monarque, ce que l'on prit à bon augure, et ce fut bien fait; car quoique ce sultan n'eût point de gendre, il ne tarda pas à devenir grand'père. La princesse Lively, c'est ainsi que s'appelait la fille du grand Kinkinka, nom qu'on traduirait à peu près dans notre langue par gentillesse ou vivacité, s'écria qu'elle n'avait jamais rien vu de si beau. Et lui se disait en lui-même: «Quel teint! quels yeux! que sa taille est légère! Les vierges de la guenon couleur de feu ne m'ont point offert de charmes à comparer à ceux-ci.»
LA SULTANE.
Ils sont tous comme cela. Je serai la plus belle aux yeux de Mangogul jusqu'à ce qu'il me quitte.
LE SECOND ÉMIR.
Il n'y eut jamais de jambes aussi fines, ni de pieds aussi mignons.
LA CHATOUILLEUSE.
Votre oiseau en exceptera, s'il lui plaît, ceux que je chatouille.
LE SECOND ÉMIR.