OROU. Nous destinons à leur entretien et à la subsistance des vieillards, une sixième partie de tous les fruits du pays ; ce tribut les suit partout. Ainsi tu vois que plus la famille du Tahitien est nombreuse, plus elle est riche.
L'AUMONIER. Une sixième partie !
OROU. C'est un moyen sûr d'encourager la population, et d'intéresser au respect de la vieillesse et à la conservation des enfants.
L'AUMONIER. Vos époux se reprennent ils quelquefois ?
OROU. Très souvent ; cependant la durée la plus courte d'un mariage est d'une lune à l'autre.
L'AUMONIER. A moins que la femme ne soit grosse ; alors la cohabitation est au moins de neuf mois ?
OROU. Tu te trompes ; la paternité, comme le tribut, suit son enfant partout.
L'AUMONIER. Tu m'as parlé d'enfants qu'une femme apporte en dot à son mari.
OROU. Assurément. Voilà ma fille aînée qui a trois enfants ; ils marchent ; ils sont sains ; ils sont beaux ; ils promettent d'être forts : lorsqu'il lui prendra fantaisie de se marier, elle les emmènera ; ils sont siens : son mari les recevra avec joie, et sa femme ne lui en serait que plus agréable, si elle était enceinte d'un quatrième.
L'AUMONIER. De lui ?