A. Mais l'homme est mort ; il a souffert de l'injure qu'il a reçue de ses contemporains, et il est insensible à la réparation qu'il obtient de la postérité.

CHAPITRE IV - SUITE DE L'ENTRETIEN DE L'AUMONIER AVEC L'HABITANT DE TAHITI —————————————————————————————————————

OROU. L'heureux moment pour une jeune fille et pour ses parents, que celui où sa grossesse est constatée ! Elle se lève ; elle accourt ; elle jette ses bras autour du cou de sa mère et de son père ; c'est avec des transports d'une joie mutuelle, qu'elle leur annonce et qu'ils apprennent cet événement. Maman ! Mon papa ! embrassez-moi : je suis grosse ! Est-il bien vrai ? Très vrai. Et de qui l'êtes-vous ? Je le suis d'un tel…

L'AUMONIER. Comment peut-elle nommer le père de son enfant ?

OROU. Pourquoi veux-tu qu'elle l'ignore ? il en est de la durée de nos amours comme de celle de nos mariages ; elle est au moins d'une lune à la lune suivante.

L'AUMONIER. Et cette règle est bien scrupuleusement observée ?

OROU. Tu vas en juger. D'abord, l'intervalle de deux lunes n'est pas long ; mais lorsque deux pères ont une prétention bien fondée à la formation d'un enfant, il n'appartient plus à sa mère.

L'AUMONIER. A qui appartient-il donc ?

OROU. À celui des deux à qui il lui plaît de le donner : voilà tout son privilège ; et un enfant étant par lui-même un objet d'intérêt et de richesse, tu conçois que, parmi nous, les libertines sont rares, et que les jeunes garçons s'en éloignent.

L'AUMONIER. Vous avez donc aussi vos libertines ? J'en suis bien aise.