B. Peutêtre. Les Grecs proscrivirent celui qui avait ajouté une corde à la lyre de Mercure.
A. Et cette défense est une satire sanglante de leurs premiers législateurs. C'est la première corde qu'il fallait couper.
B. Vous m'avez compris. Partout où il y a une lyre, il y a des cordes. Tant que les appétits naturels seront sophistiqués, comptez sur des femmes méchantes.
A. Comme la Reymer.
B. Sur des hommes atroces.
A. Comme Gardeil.
B. Et sur des infortunés à propos de rien.
A. Comme Tauié, mademoiselle de La Chaux, le chevalier Desroches et madame de La Carlière. Il est certain qu'on chercherait inutilement dans Tahiti des exemples de la dépravation des deux premiers, et du malheur des trois derniers. Que feronsnous donc ? reviendronsnous à la nature ? nous soumettronsnous aux lois ?
B. Nous parlerons contre les lois insensées jusqu'à ce qu'on les réforme ; et, en attendant, nous nous y soumettrons. Celui qui, de son autorité privée, enfreint une loi mauvaise, autorise tout autre à enfreindre les bonnes. Il y a moins d'inconvénients à être fou avec des fous, qu'à être sage tout seul. Disonsnous à nousmêmes, crions incessamment qu'on a attaché la honte, le châtiment et l'ignominie à des actions innocentes en ellesmêmes ; mais ne les commettons pas, parce que la honte, le châtiment et l'ignominie sont les plus grands de tous les maux. Imitons le bon aumônier, moine en France, sauvage dans Tahiti.
A. Prendre le froc du pays où l'on va, et garder celui du pays où l'on est.