Je m’assure, que dans ce même temps là, l’eau dans les marmites se dilatoit aussi & s’en alloit par dessus les bords; car je les trouvay beaucoup vuidées, mais avec cette difference que dans celle où êtoient les os de mouton, la liqueur estoit une forte gelée, quoy que les os ne fussent pas encore attendris, sinon en quelques extremitez, & cette gelée ne pesoit que 2/7 moins que l’eau que j’y avois mise; au lieu que dans l’autre marmite les os n’estoient point du tout amolis, la liqueur point du tout gelée, mais seulement un peu êpaisse, & il y en avoit plus des 3/4 de perduë, quoy que cette marmitte eust les bords beaucoup plus hauts que l’autre.
Cette experience me fit voir, 1o. Qu’il vaudroit toûjours mieux faire provision d’os de mouton que de bœuf. 2o. Que ce seroit inutilement qu’on essayeroit de faire par les voyes ordinaires de la gelée des os de bœuf, veu la grande chaleur qu’il faudroit, & la grande quantité d’eau qui se perdroit par l’évaporation. 3o. Que la gelée consiste de parties bien plus difficiles à élever en vapeurs que celle de l’eau ordinaire.
EXPERIENCE III.
LE vingt-troisiéme Juin je mis les os de bœuf dont je viens de parler dans la mesme marmitte, & le poids de l’eau estant double du poids des os, je mis des cartillages dans l’autre marmite avec aussi le double de leur poids d’eau, aprés avoir poussé le feu jusques à faire exhaler la goutte d’eau en 3. secondes, & la pression interieure 10. fois plus forts que la pression ordinaire de l’air, je laissay le feu encore quatre ou cinq minutes, & ensuite je l’ostay tout à fait; & les vaisseaux êtans refroidis je trouvay que les os estoient devenus mediocrement friables, mais l’eau n’êtoit pas assez épaisse pour être appellée gelée; je croy pourtant, que si ce qui s’éstoit évaporé dans la premiere coction y eut encore esté, la gelée auroit esté assez forte; Les cartilages dans l’autre marmitte êtoient presque absolument fondus, & faisoient une forte gelée depuis le fonds du verre jusques au milieu, mais le dessus n’estoit pas plus épais que la liqueur dans l’autre marmitte.
Cette experience me fit juger, 1o. Qu’une livre d’os de bœuf pourroit faire environ deux livres de gelée. 2o. Qu’il vaudroit mieux faire provision de cartilages, parce qu’ils sont absolument glutineux, & se fondent tout à fait dans l’eau, mais comme elle est plus legere, elle surnage, & les cartillages demeurent au fonds, ne retenant entre leurs parties que quelque peu d’eau qui s’y est insinuée pour les dissoudre. 3o. Que ce n’est que le ciment qui joint les parties des os qui se dissout dans l’eau pour faire la gélee, puis que les os en suite demeurent friables.
EXPERIENCE IV.
LE 28. Juin j’enfermay des os dans mes deux petites marmittes de verre, dans l’une estoient des os de bœuf en plus grande quantité qu’il n’estoit necessaire pour faire de la gelée avec l’eau qui y estoit, dans l’autre c’estoient des os de mouton aussi en quantité plus que suffisante pour congeler l’eau où ils trempoient; Je poussay le feu jusques à faire exhaler la goutte d’eau en 3. secondes, & la pression interieure estoit 10. fois plus forte que la pression ordinaire de l’air; je continüay le feu de cette sorte prés d’un quart d’heure, & ensuite je n’éteignis qu’une partie du charbon, en laissant le reste pour entretenir la chaleur plus long-temps; mes vaisseaux estant refroidis, je trouvay de fort bon boüillon sans goût de brûlé dans mes deux marmites, mais pourtant il ne se gela point, ce que ie ne puis attribuer qu’au trop de cuisson, puisque dans les Experiences precedentes, avec moins d’os & moins de chaleur j’avois fait de la gelée.
Cette Experience fait voir qu’il faudra bien prendre garde au degré de chaleur que l’on donnera pour faire une grande quantité de gelée, & que ce n’est pas assez qu’il n’y ait point de goût de brûlé, car il pourroit nonobstant cela y avoir eu beaucoup trop de chaleur, & pour trouver ce meilleur degré de chaleur, il faut plusieurs Experiences.
EXPERIENCE V.
LE 29. Juin je mis des os de bœuf dans une de mes petites marmittes de verre avec égal poids d’eau; Dans l’autre je mis de l’yvoire le plus pressé qu’il me fut possible avec de l’eau pour remplir les interstices; Je poussay le feu jusqu’à faire exhaler la goutte d’eau en 6. secondes, & la pression interieure 12. fois plus grande que la pression ordinaire de l’air. J’ôtay alors le feu le plus vite qu’il me fut possible, & les vaisseaux étant refroidis, je trouvay que le vaisseau où étoit l’yvoire, s’étoit cassé, parce que l’yvoire qui y étoit pressée venant à s’enfler par la chaleur & par l’humidité, avoit eu plus de force que le verre; L’yvoire étoit devenuë friable: & dans l’autre marmite les os n’étoient pas encore ramolis qu’en quelques endroits des apophyses; la liqueur n’étoit pas non plus gelée excepté au fonds, mais le lendemain qu’il faisoit un peu plus froid je la trouvay gelée jusques au haut, & je la mis sur diverses plaques de verre afin de la faire seicher; Le lendemain premier de Juillet, quoy qu’elle eût été 24. heures à l’air pour évaporer l’humidité, je la trouvay encore liquide, à cause, comme je croy, qu’il faisoit un peu plus chaud; je m’en servis à coller un verre cassé qui depuis cela tient fort bien, & se peut rincer presques comme s’il n’avoit point esté cassé; mais à la longue l’humidité dissout cette colle.