Chapitre VIII.
EXPERIENCES SUR LES CORPS PLUS DURS, COMME L’AMBRE, L’YVOIRE, &c.
J'Ay fait des experiences sur des corps plus durs, comme l’ambre, l’yvoire, la corne de bœuf, l’écaille de tortuë; mais comme ie n’y ay encore rien trouvé qui puisse estre utile dans la pratique, je ne veux pas ennuyer le lecteur en rapportant toutes les particularitez des experiences; Je me contenteray donc simplement de donner quelque peu d’observations qu’elles m’ont fourni.
1o. Ie n’ay jamais pu fondre l’ambre, quelque degré de chaleur que j’aye employé, quoy que j’emplisse la Machine avec de la pois & du sable au lieu d’eau, & que je la fermasse avec 8. vis au lieu de 2. J’ay bien pû faire la separation de diverses substances dont il est composé, sçavoir de baume, des fumées, & des terrestreitez; mais tout cela ne se peut appeller de l’ambre fondu, puis qu’il n’a plus les proprietez de l’ambre, car si on dissout ces substances dans l’esprit de therebentine, elles ne sçauroient acquerir beaucoup de dureté, quoy qu’on fasse évaporer l’esprit; & une chaleur mediocre peut les ramolir, comme si ce n’estoit que la therebentine endurcie.
2o. Mr. Boyle m’ayant donné de la gomme copal pour essayer ce qu’elle feroit, je trouvay bien à la verité qu’elle se fondit sans se gaster beaucoup: mais quand je voulus m’en servir pour faciliter la fonte de l’ambre, je n’y pus reüssir, j’ay voulu employer pour ce même dessein du mastik, de la gomme adragant, de la poix resiné, mais tout cela a été inutilement, si bien que je croy qu’on peut asseurer, que pour la fonte de l’ambre il faut une chaleur plus forte & plus prompte que cette Machine n’en peut donner.
3o. Quoy qu’il semble que la corne de bœuf soit un corps plus gluant que les os, je n’ay jamais pu en tirer aucune gelée ny colle, quoyque j’aye remis la mesme corne trois ou quatre fois de suite dans la Machine sur le feu.
4o. Je n’ay jamais pu prendre l’yvoire molle & pliante, quoyque je l’aye fait cuire de diverses manieres, & avec diverses liqueurs, comme sont la graisse, l’huyle, la bierre & l’eau, j’en ay tiré de fort belle gelée bien transparente, mais l’yvoire demeure cassante.
5o. L’écaille de tortuë ne se sçauroit ramollir en boüillant dans l’huyle, mais dans l’esprit de vin elle s’enfle, & devient pleine de cavitez comme une éponge.
6o. La corne de bœuf & l’écaille de tortuë ayant esté cuittes dans l’eau, a une chaleur capable de faire exhaler la goutte d’eau en 3. secondes, avec une pression interieure 12. fois plus forte que la pression ordinaire de l’air; elles deviennent si molles, qu’elles ne se rendurcissent point en 3. ou 4. jours de temps, & peut-estre que cecy pourroit être d'usage dans la pratique, & donner plus de commodité de mettre ces matieres en œuvres, que quand elles ne sont échauffées qu’à la maniere ordinaire; il faut pourtant avoüer qu’elles demeurent aprés cela plus cassantes qu’auparavant; & j’ay une fois veu deux pieces d’écaille de tortuë, qui en cuisant ensemble, s’estoient si bien collées l’une à l’autre, qu’elles se rompoient ailleurs, plûtost que de se des-unir.