Malgré cette assurance, moi et mes ambulanciers, — de braves négociants de ma maison, MM. Morel, Raulin et Schevetzer — nous exerçâmes une surveillance active.

Pour ce jour-là nous étions sauvés.

Un détail assez comique de l'expulsion que je fis des pillards qui occupaient la maison.

Comme je descendais l'escalier, suivi de ces honnêtes citoyens qui venaient de remplir leurs poches, un d'eux, grand drôle ayant une certaine autorité sur la bande, me dit :

— Major, je veux qu'on me fouille. J'ai tout cassé, c'est vrai, c'était pour le bien, mais je ne suis pas un voleur, et je veux qu'on visite mes poches.

— Vous fouiller? vous! je le défends, vous êtes un honnête homme, ces choses-là se peignent sur la figure, et je réponds de votre probité.

Un instant après, comme je faisais enlever et transporter au loin les débris de planches, de meubles et d'enseignes qui jonchaient le trottoir, et dont on aurait pu, au moyen d'une simple allumette, faire un feu de joie dangereux, je vis mon homme au milieu de la rue, dans un cercle de gardes nationaux. Il avait quitté sa vareuse, son gilet, et se disposait à quitter le reste, quand je m'approchai.

— Que faites-vous donc là?

— Je veux qu'on me fouille, me dit-il, avec la ténacité d'un ivrogne.

— Qui donc fait ici à cet homme l'injure de douter de sa probité? Je réponds de lui, c'est un honnête citoyen. Habillez-vous, personne n'oserait vous fouiller.