— A la bonne heure, vous êtes un vrai citoyen, nous pouvons nous entendre ; fusillons-le. — Et son œil gris éteignit ses flammes.

— C'est entendu, il faut le fusiller, mais pas tout de suite, quand tout sera fini ; vous comprenez que j'en ai besoin pour soigner mes blessés.

La contestation recommença de plus belle, et j'eus toutes les peines du monde à obtenir un sursis de vingt-quatre heures. Il l'accorda enfin, c'est tout ce que je demandais, car je me disais tout bas : Mon bon ami, dans vingt-quatre heures, ce n'est plus vous qui fusillerez, ce sera nous.

Du reste, mon parti était pris ; si je n'avais pas pu le dompter, je l'aurais fait entrer chez moi pour exécuter la sentence, je fermais la porte, et il y a gros à parier qu'elle ne se serait jamais ouverte pour lui. Avant tout, je voulais sauver moi et les miens.

Pendant cette algarade, je constatai que le piquet que j'avais fait placer pour garder la maison voisine, avait disparu. Les troupes étaient changées. J'allai trouver un capitaine pour lui demander mon piquet, lui disant les motifs qui nécessitaient sa présence.

— Eh bien, quand on brûlerait la maison, voilà-t-il pas! Vous aurez de la chance si on ne brûle pas tout le quartier. Vous vous êtes si bien conduits dans l'arrondissement!

Je trouvai épique la réponse de ce malfaiteur estimant que c'étaient les honnêtes gens qui se conduisaient mal.

— Très-bien, si vous trouvez bon de brûler vos blessés, je n'ai rien à dire, c'est votre affaire et je ne m'en mêle plus.

La porte de la maison menacée était ouverte, la concierge me dit que les insurgés s'occupaient à la piller ; j'étais consterné. Les laisser faire me semblait extrêmement dangereux, car depuis la veille l'incendie était passé dans leurs habitudes, et ils auraient mis le feu en se retirant ; les faire déguerpir me paraissait assez difficile, je n'avais plus mon escorte de la veille pour me protéger, et ce jour-là les fusils partaient seuls, surtout quand on devenait gênant ou indiscret. Je montai l'escalier et trouvai les misérables en train de faire des paquets des objets à leur convenance. Je pris un air très-affairé et me mis à crier aux différents étages :

— Allons, citoyens, ce n'est pas notre place ici ; les Versaillais arrivent. Descendons, vos frères vous attendent… etc.