— Monsieur, j’ai dans mon pays un malade atteint depuis quinze mois d’une diarrhée qui l’épuise ; j’ai inutilement employé bien des moyens pour l’en débarrasser, si je lui coupais un membre ?


En allant il y a quelques jours à Belleville, je remarquai, en passant, une enseigne de dentiste où l’on peut lire, au milieu de choses non moins utiles que judicieusement écrites, les deux renseignements suivants :

FAIT LES OPÉRATIONS ABANDONNÉES.
EST VISIBLE JOUR ET NUIT.

Les opérations abandonnées ! l’indication est un peu vague ; abandonnées !… est-ce que par hasard il y aurait des praticiens trop chargés d’opérations et capables de se conduire à leur égard comme le propriétaire d’un caniche qu’on abandonne sur la voie publique pour ne pas payer la taxe ? Cette enseigne ne me laisse plus le moindre doute à cet égard. Il doit y en avoir.

Mais alors, ce brave dentiste serait donc le saint Vincent de Paul des opérations abandonnées ; son cabinet, une espèce de bureau des objets perdus, un vestiaire comme pour les cannes et parapluies, où chacun aurait le droit de déposer les opérations sans feu ni lieu, rencontrées dans la rue en état de vagabondage. Ah ! c’est très-beau de sa part un pareil dévouement, et je ne sais pas si l’humanité n’est pas obligée d’offrir des remercîments (et quelque chose avec) à ce philanthrope

VISIBLE JOUR ET NUIT.

Jour et nuit, c’est encore un avantage qu’il possède sur le soleil, généralement invisible pendant la nuit, et même, hélas ! parfois pendant le jour.

Cette rédaction laisse quelque chose à désirer. Où et comment peut-on voir ce monsieur la nuit ? Dort-il (ou ne dort-il pas) sur le balcon de sa fenêtre, de manière à ce que tout le monde puisse en jouir ? Le public est-il admis à circuler autour de son lit, comme jadis la chose se pratiqua pour Louis XIV ? (Dans ce cas, je pense qu’il couche seul.)

Je serais enchanté de savoir au juste de quelle manière il est visible ; car moi, vous, le premier venu, dans une nuit d’insomnie, pouvons éprouver le désir bien naturel d’attendre l’aurore en causant avec quelqu’un, et, pour mon compte, je suis disposé à lui accorder la préférence, car un homme qui a des idées si remarquables doit avoir une conversation bien amusante.