Prenez un lingot d’argent, — faites-le dissoudre dans l’acide azotique, — précipitez l’argent sous forme pulvérulente en plongeant une lame de cuivre dans la solution ; — faites dissoudre ce précipité dans l’acide hydrochloro-nitrique ; — soumettez le liquide à l’action d’une pile ayant un cathode en argent ; — enlevez le dépôt pulvérulent qui se forme sur le cathode. — Faites passer ce dépôt à la coupelle pour opérer le départ. — Traitez par l’acide azotique le bouton de retour resté dans la coupelle, et le résultat de votre opération sera DE L’OR !!!
Comme vous le voyez, c’est excessivement simple : un enfant pourrait jouer le rôle de Midas et transmuter en or l’argent qu’il touche.
O mon pays ! je vois s’avancer l’orgie de la décadence romaine ; tes mœurs si pures vont s’altérer au contact des richesses ; les temps prédits par Dupin sont proches. Que le Seigneur sauve la France ! elle va se noyer dans un bain d’or.
J’ai fait l’imprudent aveu que j’étais étranger à cette découverte, je ne puis donc pas m’en emparer, mais pour obéir à la tradition et me conformer aux usages reçus, je vais la dénigrer, la renverser, et si je ne puis attirer sur la tête de l’auteur les peines sévères réservées aux corrupteurs du peuple, au moins vais-je m’efforcer de prouver que la transmutation alchimique n’a aucune valeur. Du reste, en cherchant un peu, il est probable qu’il me serait facile de démontrer que tout cela a été fait avant lui, non pas par un Français (j’en serais jaloux), mais par quelque étranger, un Allemand ou un Anglais, mort depuis longtemps.
D’abord, l’argent n’est pas soluble dans l’acide hydrochloro-nitrique, que les épiciers appellent de l’eau régale. L’argent, en contact avec cet acide, forme un précipité blanc de chlorure d’argent dont je n’ai pas besoin d’indiquer les réactions. Il ne peut donc être réduit de cette solution par la pile.
Ah ! ah ! monsieur Favre, parez-moi celle-là !
N’allez pas croire, bon public, que tout l’argent employé soit converti en un poids d’or équivalent. L’or obtenu représente la vingt-cinq millième partie de l’argent dissous. Il faut donc sacrifier 25,000 grammes d’argent pour obtenir 1 gramme d’or !
La vingt-cinq millième partie ! donnez-moi une paillasse, dans laquelle on aura caché seulement pendant trois mois quelques économies, et je m’engage, en l’analysant, à faire sortir de ses entrailles plus d’un vingt-cinq millième de son poids d’or.
J’ajouterai que, dans les réactions chimiques de cette nature, le phénomène produit ne s’accomplit pas seulement sur une partie des substances en présence, mais bien sur leur totalité. Les infiniment petits qu’on rencontre dans le creuset de l’analyse proviennent bien plus souvent des réactifs employés que des corps analysés.
Examinons le prix actuel de l’or ; c’est prosaïque, j’en conviens, mais il faut, pour être complet, tenir compte du côté « pot-au-feu » de la question.