Le vieillard sentit ses jambes fléchir. Son visage avait l'expression piteuse d'un voleur pris sur le fait.
Léonard lui mit la main sur l'épaule.
—Ne craignez rien. Je ne le dirai à personne.
Galeotto saisit sa main et, avec effort:
—C'est vrai? Vous ne le direz pas?...
—Non. Je ne vous veux pas de mal. Seulement, pourquoi avez-vous fait cela?
—Oh! messer Leonardo! s'écria Galeotto; et subitement, après une infinie détresse, un infini espoir brilla dans ses yeux. Je vous jure devant Dieu que si j'ai eu l'air de tromper, ce n'est que momentanément et pour le bien du duc, pour le triomphe de la science—parce que je l'ai véritablement trouvée, la pierre philosophale! Pour l'instant je ne l'ai pas, mais je puis presque dire que je l'ai ou à peu de chose près, vu que j'ai trouvé la voie à suivre—et là est l'important. Encore trois ou quatre essais et ce sera chose faite! Comment fallait-il agir, maître? La découverte de la plus haute vérité ne peut-elle pas souffrir un petit mensonge?
—Nous avons l'air de jouer à Colin-Maillard, messer Galeotto, dit Léonard, haussant les épaules. Vous savez aussi bien que moi que la transmutation des métaux est un mythe, que la pierre philosophale n'existe pas et ne peut exister. L'alchimie, la nécromancie, la magie noire—comme toutes les sciences qui ne sont pas fondées sur la preuve exacte et mathématique—sont des mensonges ou des folies—l'étendard enflé de vent des charlatans, derrière lequel court la populace bête, annonçant leur puissance par ses aboiements...
L'alchimiste fixait sur Léonard ses yeux dilatés et consternés. Tout à coup, il inclina la tête, cligna malicieusement un œil et rit:
—Ah! cela c'est mal, maître, très mal! Ne suis-je pas un initié? Je sais que vous êtes le plus grand des alchimistes, le possesseur des précieux secrets de la nature, le nouvel Hermès Trismégiste, le nouveau Prométhée!