VIII

Huit jours après, le jeune duc mourait.

Sentant sa mort proche, il avait supplié sa femme de lui accorder une entrevue avec Léonard, mais elle lui avait refusé. Monna Druda avait convaincu Isabelle que les gens ensorcelés ressentaient un irrésistible désir de voir celui qui les avait perdus.

Et la vieille continuait à frotter soigneusement le malade, avec de l'huile de scorpion. Les médecins le tourmentèrent jusqu'à la fin avec leurs saignées.

Il expira doucement.

—Que ta volonté soit faite! furent ses dernières paroles.

Le More donna ordre de transporter de Pavie à Milan le corps du défunt et de l'exposer solennellement dans la cathédrale.

Les seigneurs se réunirent au palais et Ludovic, après avoir assuré que la mort prématurée de son neveu lui causait une douleur profonde, proposa de déclarer le petit Francesco, fils de Jean Galéas, héritier légitime. Tous s'y opposèrent, affirmant qu'on ne pouvait confier un tel pouvoir à un mineur et supplièrent Le More au nom du peuple, d'accepter le sceptre ducal. Hypocritement, il refusa. Puis, comme à contre-cœur, céda à leurs prières.

On apporta les somptueux habits de drap d'or. Le nouveau duc les revêtit, monta à cheval et se rendit à l'église de San Ambrogio, entouré d'une foule de partisans qui criaient: «Viva il Moro, viva il duca!» au son des trompes, des salves de canon, du carillon des cloches et du mutisme du peuple.

Sur la place du Commerce, du haut de la loggia du vieil hôtel de ville, en présence des syndics, des consuls, des principaux citoyens, le chef des hérauts lut le privilège accordé au duc Le More par l'éternel Auguste du très saint Empire, Maximilien: «Maximilianus divina favente clementia Romanorum Rex semper Augustus, toutes les provinces, terres, villes, villages, châteaux, forts, montagnes et plaines, bois et déserts, fleuves, rivières, lacs, pêcheries, salines, mines, possession des vassaux, marquis, comtes, barons, monastères, églises et paroisses—tout et tous, nous te donnons, Ludovic Sforza à toi et à tes héritiers, en t'affirmant, te nommant, t'élevant et choisissant, toi et tes fils et petits-fils, souverain autocrate de la Lombardie jusqu'à la fin des siècles.»