X
Léonard travaillait dans son atelier. Zoroastro fabriquait une caisse ronde, vitrée, avec des rayons dorés, dans laquelle devait être conservé le clou sacré. Assis dans un coin sombre, Giovanni Beltraffio, de temps à autre observait son maître. Plongé dans la recherche du problème de la transmission de la force à l'aide de poulies et de leviers, Léonard ne pensait plus à la relique. Il venait de terminer un calcul compliqué.
—Jamais les hommes n'inventeront, pensait-il, avec un sourire heureux, rien d'aussi parfait, facile et superbe comme les manifestations de la nature. La divine nécessité la force par ses lois à déduire le résultat de la cause par la voie la plus rapide.
Dans son cœur naissait le sentiment, qui lui était si habituel, de respectueux étonnement devant l'abîme qu'il contemplait. En marge, à côté du croquis de la machine élévatoire, à côté de chiffres et de ratures, il écrivait ces mots qui sonnaient dans son cœur ainsi qu'une prière:
«O mirabile giustizia di te, primo Motore! Tu non ái voluto mancare a nessuna potenzia l'ordine e qualità de sua necessari effetti.»
Oh! combien surprenante est ta justice, Premier Moteur! Tu n'as pas voulu priver la moindre force de son ordre et de ses qualités indispensables.
On frappa violemment à la porte extérieure. Des cris, des jurons, le chant des psaumes retentirent.
Giovanni et Zoroastro coururent s'enquérir de ce qui était arrivé. Mathurine, la cuisinière, réveillée en sursaut, à demi vêtue, se précipita dans la pièce en criant:
—Les brigands! les brigands! Au secours! Sainte Mère de Dieu, protège-nous!
Derrière elle entra Marco d'Oggione, une arquebuse à la main, il ferma vivement les volets.