Léonard tout d'abord se rembrunit, comme s'il eût été étonné et même fâché des paroles de son élève; puis il se prit à rire et répondit:

—Ne me tente pas. Vade retro, Satanas! J'attendais une autre réponse et je pense que les paroles de Cesare étaient dignes d'autre chose que d'une plaisanterie légère. Tout au moins, elles ont éveillé en moi beaucoup d'idées étranges et suppliciantes.

Ce soir, je l'ai vu, sous la pluie, dans une sale et puante impasse, examinant attentivement un mur de pierre couvert de taches d'humidité qui ne présentait rien de particulier.

Cela se prolongea longtemps. Les gamins le montraient au doigt en riant. Je lui demandai ce qu'il avait découvert dans ce mur.

—Regarde, Giovanni, répondit Léonard, regarde quel monstre superbe. Une chimère à gueule béante et à côté un ange les cheveux soulevés qui fuit le monstre. La fantaisie du hasard a créé là des figures dignes d'un grand maître.

Il suivit avec le doigt le contour des taches et, en effet, à mon grand étonnement, je vis en eux ce dont il parlait.

—Bien des gens, peut-être, considéreront cette invention comme étant stupide, continua le maître, mais moi, par expérience personnelle, je sais combien elle est utile pour exciter l'esprit aux découvertes et aux combinaisons. Souvent, sur les murs, dans le mélange des pierres, dans les fissures, dans les dessins de la chancissure de l'eau stagnante, dans les charbons mourants couverts de cendres, dans les nuages, il m'est arrivé de trouver des ressemblances avec des sites merveilleux, avec des montagnes, des pics escarpés, des rivières, des plaines et des arbres; de superbes combats, des visages étranges. Je choisissais dans tout cela ce qui m'était utile et je terminais le tableau. Ainsi, en écoutant le son lointain des cloches, tu peux dans leurs voix mêlées trouver, selon ton désir, le nom ou le mot auquel tu penses.

Aujourd'hui il comparait les rides formées par les muscles du visage pendant le rire ou les pleurs. Dans les yeux, dans la bouche, dans les joues, il n'y a aucune différence. Seuls les sourcils, chez les gens qui pleurent, se haussent, ridant le front, et les coins de la bouche s'abaissent, tandis que les gens qui rient écartent les sourcils et relèvent les coins de la bouche.