Maruffi fit une grimace, aboya comme un chien, puis grogna comme un cochon; il avait le don d'imiter tous les animaux.

—Frère chéri, suppliait Savonarole, sois bon, dis un mot! Mon âme est mortellement triste. Prie Dieu qu'il t'envoie l'inspiration divine.

L'hystérique tira la langue et son visage se contracta.

—Pourquoi m'ennuies-tu, siffleur enragé, caille sans cervelle, tête de mouton! Hou!... que les rats rongent ton nez! cria-t-il en un inopiné accès de colère. Tu as mis la soupe à cuire, mange-la. Je ne suis ni ton prophète, ni ton conseiller!

Il regarda en dessous Savonarole, soupira et continua d'une voix plus douce, presque tendre:

—J'ai pitié de toi, frérot, oh! que j'ai pitié de toi, bêta... Et pourquoi crois-tu que mes visions viennent de Dieu et non pas du diable?

Sylvestre se tut, ferma les yeux et son visage devint impassible, tel un visage de mort. Savonarole, pensant qu'il était sous l'influence divine, le contempla en une pieuse attente.

Mais Maruffi ouvrit les yeux, tourna lentement la tête comme s'il écoutait, regarda la fenêtre grillée et avec un sourire clair, bon, presque raisonnable, murmura:

—Maintenant l'herbe pousse dans les champs et les soucis aussi. Ah! frère Savonarole, tu as apporté ici suffisamment de trouble, tu as satisfait ton orgueil, tu as amusé le diable,—assez! Il faut penser maintenant un peu à Dieu. Quittons ce monde maudit, partons ensemble dans le désert calme.

Et il chanta d'une voix agréable, en se balançant: